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Ma nature profonde..
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25 novembre 2016

Du lait dans les veines

Ste Catherine

En l’an 290 de notre ère, Constus, un puissant et noble seigneur d’Alexandrie en Egypte, fit à sa femme une petite fille au teint si clair et aux yeux si bleus qu’il la prénomma Catherine, ce qui en grec signifie "pure". Après quoi, épuisé par tant d’efforts, il mourut.

Catherine grandit en grâce et en beauté, car en effet elle était fort belle, et beaucoup de garçons voulaient la mettre dans leur lit, sauf qu’alors il fallait d’abord passer par la case mariage. Catherine envoyait chacun de ses prétendants sur les roses, parce qu'elle, ce qu’elle voulait, c’était un homme qui les surpasserait tous en sagesse, richesse, noblesse, délicatesse, et surtout, en prouesses gentillesse. Seulement voilà, c’est pas beau d’être trop gourmande, comme son avenir ne va pas tarder à le lui montrer.

La mère de Catherine, soucieuse d’avoir une fille aussi exigeante, l’envoie se faire gourmander par un saint ascète qui vit dans une grotte. Cet homme a converti la mère de Catherine au Christianisme alors que Catherine en est encore aux belles histoires racontées par les bardes, le culte des saisons, de la fécondité, des ancêtres et toutes ces sortes de choses.

Au cours de leur entretien ponctué de quelques thés sans sucre, le saint homme parle à Catherine de Celui dont la beauté surpasse celle du soleil et de la lune. "Il règne", lui dit-il, "sur toute la création et sa sagesse n’a pas de limites ! Il est le plus beau des hommes !"

"Chance !" se dit Catherine, "l’homme idéal n’est pas mort !".

Et lorsque, avant qu’elle parte, le saint homme lui remet une icône de Marie avec Jésus, Catherine se dépêche de rentrer chez elle et de prier Marie pour qu’Elle lui donne son fils pour époux. La sainte Mère de Dieu sort de ses gonds et lui tient à peu près ce langage : "Tu as chanté tout l’été ? Eh bien danse maintenant !"

Catherine perplexe reprend le chemin de la grotte pour demander conseil au vieil ascète qui, aussi sec, la plonge dans un petit rû qui passait par là afin de la baptiser.

La nuit suivante, Jésus en personne se manifeste auprès de Catherine. Cette fois, il l’accepte comme fiancée, mais lui fait jurer de ne pas accepter d’autre époux sur terre (ce qu’elle n’avait de toutes façons pas l’intention de faire, tellement elle le trouve super beau et merveilleux et superbeau).

Un jour, l’empereur Maximinus qui régnait alors au nom de Rome sur Alexandrie, organise une grande fête païenne à laquelle Catherine est conviée, puisqu’elle est, comme dit plus haut, de famille noble.

Lorsque Maximinus voit cette fille sublime, il manque en renverser son verre de vin au miel et se retrouve vite tout congestionné. Quand il retrouve la parole, c’est pour demander à Catherine si elle veut l'épouser. Bien entendu, elle qui a déjà le plus beau des maris refuse aussi sec.

L’empereur en prend ombrage, surtout que la belle vient de lui filer la te-hon de sa vie en tenant tête aux cinquante des plus grands savants de l’époque, démontant une à une toutes leurs belles théories philosophiques. Pour les punir d’avoir été aussi crétins, Maximinus les flanque tous au bûcher, ce qui égaye la fin de son banquet.

"Décidément", se dit-il, "on ne doit pas s’ennuyer avec cette fille !" et il lui demande encore une fois de l’épouser. Comme Catherine une nouvelle fois refuse, il la fait jeter dans un cachot avec interdiction de lui donner à manger. Elle s’en fiche pas mal vu que son mari, sous forme d’une colombe blanche, lui apporte chaque jour de quoi se sustenter, graines et autre ver de terre (ce qui lui permet de garder la ligne).

Faustina, impératrice de son état, fort curieuse de voir de plus près celle qui a tenu tête à son mari, décide de rendre une petite visite à la jeune fille. Au moment où elle pénètre dans le cachot, elle est éblouie par le visage resplendissant comme un soleil de Catherine. Le coeur de Faustina se brise en mille morceaux devant tant de splendeur et elle va crier grâce chez l’empereur son mari.

Las ! Le bougre a un caractère de cochon et en guise de réponse, il l'envoie se faire décapiter, après quoi il ordonne qu’on fasse subir à Catherine le supplice de la roue, joyeuseté qui consiste à faire rouler ladite roue garnie de pointes de fer sur le corps tendre de la jeune fille.

"Même pas mal !" s’exclame Catherine en faisant exploser la machine par toute la force qui est en elle.

Fort contrit, l’empereur lui fait couper la tête, et de la blessure, à la place de sang, du lait jaillit.

"Je l'ai échappé belle !", se dit Maximinus en se demandant quel genre de petits Maximachins lui aurait fait une fille ayant du lait qui lui coule dans les veines ..

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24 octobre 2016

Copain comme cochon

Après avoir défait les Germains (à Tolbiac pour certains - aujourd'hui Zülpich, près de Cologne -, à Strasbourg pour d’autres), Clovis revient près de sa femme Clothilde. Cette dernière est tenace : entre deux baisers, elle lui reparle de son âme, si bien qu’un beau matin, le roi accepte enfin d’être instruit dans la religion chrétienne par le pieux évêque qui deviendra un jour Saint Remi.

C’est ainsi que le 25 décembre 496, au cours d'une fête à grand spectacle qui se déroule à Reims où toute la ville et la cathédrale sont décorées pour l'occasion, le roi, paré de sa seule nudité, entre dans la piscine du baptême où il est immergé, pendant que (futur) Saint Remi lui dit : "Mitis depona colla, Sicamber !" (qu'on a traduit par "Courbe la tête, Sicambre (1)!" alors qu'en vrai ça veut dire : "Dépose tes colliers, Sicambre", autrement dit: "Ne fais plus confiance à tes amulettes de païen").

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Dans la foulée Clovis y colle ses soeurs Aldoflèda, prénom qui signifie beauté autoritaire, et Antéchilde (la première est païenne, la seconde, arienne)(2), ainsi que des milliers de ses soldats dans une fabuleuse joute nautique dont s'inspirera Guy Lux pour ses jeux d'interville.

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À partir de là, son triomphe n'a plus de fin : à une époque où les autres rois barbares sont ariens, Clovis est reconnu comme chef par les millions de Gallo-Romains catholiques qui peuplent la Gaule. Soutenu par les évêques, dont la puissance est immense, le tout premier Rex Francorum - Roi des Francs - soumet les Burgondes, les Wisigoths (3), bref, tous ceux qui tombent sous sa framée, ce qui fait de lui le premier roi catholique romain à dominer un territoire qui s'étend de Cologne jusqu'au Golfe de Gascogne.

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En 508, Clovis décide, après Tournai et Soissons, de fixer sa capitale en un point géographique plus au centre de son royaume : il choisit Paris (il y vit dans un palais de l’île de la Cité)(4), influencé par Sainte Geneviève avec qui il est copain comme cochon, vu qu'elle a super la côte auprès des Parisii depuis qu'elle a suggéré aux Huns par la force qui est en elle d'aller voir ailleurs si l'herbe était plus verte.

En 511, Clovis qui n'a que 45 ans, s'éteint, épuisé mais heureux. Il laisse un immense royaume à ses quatre fils qui vont s'entretuer se le partager, secondés par deux reines d'enfer : Frédégonde et Brunehaut.

Mais ceci est une autre histoire ... 

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(1) Comme les Gaulois, les Francs sont divisés en plusieurs tribus : les Chamaves, les Chattes, les Ansivariens, les Bructères, les Chérusques, les Angrivariens, les Hattuaires, les Tubantes, les Tenctères, les Usipètes, les Sicambres ..

(2) Sont païens tous ceux qui ne sont pas chrétiens. Ils pratiquent une religion polythéiste, ainsi les Germains adorent-ils Wotan (Odin) dieu de la guerre et des morts, Thor (Donar) qui protège les paysans contre les géants, Freya la déesse de l'amour, etc.. J’aurai l’occasion de vous reparler bientôt de tout ce petit monde.

Les ariens pensent que le Christ n'est pas le fils de Dieu, mais un être doté de pouvoirs exceptionnels. L'arianisme, créé en 318 par Arius (256-336), prêtre d'Alexandrie, sera condamné par le concile de Nicée en 325 réuni sur l'ordre de l'empereur Constantin, et Arius condamné, exilé et ses idées proclamées hérétiques.

(3) La conversion de Clovis fit du roi franc le champion de la cause chrétienne en Occident et le libérateur possible des catholiques de Burgondie et d'Aquitaine, soumis aux persécutions ariennes. L'entrée officielle dans l'église catholique de ce premier roi "barbare" a surtout rendu possible et fécond l'amalgame des Francs et des Gallo-romains. Son baptême marque le début du lien entre le clergé et la monarchie française : dorénavant le souverain règne au nom de Dieu !

(4) Le royaume mérovingien conservera Paris, qui compte alors 30000 habitants environ, comme "principale" capitale jusqu'à la fin du règne de Dagobert : avec la décadence du pouvoir des derniers rois mérovingiens, Paris perdra ensuite de son importance (sous les Carolingiens, la capitale deviendra Aix-la-Chapelle en Allemagne).

16 janvier 2017

Les sens retournés

Bonjour à vous,

désolée pour cet interlude un peu longuet! Pour me faire pardonner, je viens vous raconter la suite de l'histoire des ancêtres de Guillaume le Conquérant.

Je vous souhaite une belle journée!

 ***

Robert et Arlette, les parents de Guillaume

Il était une fois, en l'an de grâce MXXVII, un jouvenceau de 17 ans répondant au nom de Robert et qui était le fils cadet de Richard II, duc de Normandie, lui-même arrière-petit-fils de Rollon.

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 Un soir que Robert rentrait de la chasse, il fut frappé en pleine face par la beauté d’une jeunesse foulant le linge au lavoir avec ses compagnes, le bliaut retroussé jusqu’aux hanches. "Elle avait couleur plus fine que fleur de rose ou bien d'épine".

Cela devait être, en effet, ravissant.

Le pauvre garçon, les sens tout retournés, guettait chaque jour la jeune fille de la fenêtre de son donjon pour voir si elle venait à la fontaine du val d’Ante, la petite rivière qui coulait au pied de son château de Falaise, alors capitale du duché de Normandie.

Quant la belle n’était pas au lavoir, elle chantait et dansait dans les champs, montrant ses charmes sans la moindre gêne, "ce qui estoit chose bien plaisante", et rendait Robert légèrement congestionné.

Cette nymphe lui apparaissait, ânonnait-il, "sage et aimable et vertueuse et belle, blonde, avec beau front et beaux yeux". Il n'eut plus qu'une idée en tête : la mettre dans son obtenir un rendez-vous galant avec cette Alrez, Herlèva, Arlot, enfin bref : Arlette.

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Le soir même, il dépêcha son chambellan auprès des parents d'Arlette, Fulbert et Doda, de simples mais honnêtes bourgeois de Falaise. Le père avait un grand sens de l'honneur : duc de Normandie ou pas, il était hors de question qu’il cédât sa fille sans la promesse d'un mariage en bonne et due forme.

Oui, parce qu’il faut que je vous explique qu’alors, sévissait chez les Normands en général et dans la Normandie ducale en particulier, un type de vie maritale, appelé union More Danico (littéralement : "à la manière danoise"), consistant en une sorte de concubinage, comme je vous l'ai raconté dans le premier texte, ici

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.. et plus précisément de polygamage avec enlevage des femmes, voire capturage lorsqu’elles ne mettaient pas suffisamment de bonne volonté à se faire enlever.

Inutile de préciser que ce genre d’union était moyennement appréciée par l'Église.

Or donc, Robert aurait bien concubiné Arlette à la mode de chez lui, d’autant plus que ladite ne semblait pas insensible à son charme. Seulement voilà, elle avait un caractère de cochon. "Je n'ai nullement l'envie, quand le duc me mande à lui, d'y aller comme une fille à soldats ou une pauvre chambrière." 

Non. Ce qu’elle voulait, Arlette, c’était arriver en grand apparat dans l'enceinte de la forteresse. Elle éclata donc en sanglots au refus de son père et pleura pendant cinq jours, sans s’arrêter, même pas la nuit. Ce déluge, qui humidifiait tous les lits de la maison, eut le don d’exaspérer prodigieusement Fulbert, qui se résolut à laisser aller sa fille jusqu’au château, juchée sur un palefroi telle une princesse.

Ah ! C’est qu’elle avait un fichu du caractère, la fille du bourgeois de Falaise ! Son abondante chevelure liée par un fin bandeau argenté retombait en mèches blondes sur sa pelisse grise, tandis qu’elle redressait fièrement son nez au vent, telle une Cléopâtre moyenâgeuse.

Devant Robert cependant elle se fit humble, douce et murmurante. Ils parlèrent un peu, se plurent beaucoup, s'apprivoisèrent énormément, se découvrirent à la folie, jusqu’à ce que le jeune homme l’initie à des jeux fort attrayants pour des jeunes gens de leur âge et fit d’Arlette sa frilla

2 frilla

 

À suivre..

3 novembre 2016

Depuis la nuit des temps

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Ma maman, qui était du 2 novembre, disait toujours qu’elle était née "le jour des morts".

Cette notion du Jour des Morts est très ancienne puisqu’elle remonte à plusieurs siècles avant la naissance de Jésus. Tout commence il y a très longtemps, lorsque des hommes arrivent du Danube par vagues successives, passent le Rhin et se fixent sur  une terre fertile abondamment arrosée de cours d’eau, dotée d’un climat tempéré, ensoleillé et pluvieux, une sorte de jardin d’Eden qui, des centaines d’années plus tard, s’appellerait la France. Ces hommes - ils se nomment eux-mêmes les Celtes - les Grecs et les Romains les appellent des Gaulois.

Peu à peu, ces "Gaulois celtes" répandent sur l'accueillant territoire sur lequel ils se sont installés leurs lois, leurs coutumes et leurs rites. Car ces ancêtres venus d’ailleurs aiment notre terre, ils l’ensemencent, la cultivent, la font fructifier, ils se battent jusqu’à la mort pour la préserver. Ils nous ont légué leur joie de vivre, leurs grandes gueules, leur imagination débordante, leur attirance pour le fantastique, leur goût pour la belle ouvrage, leur faculté d’adaptation et leur farouche amour de la liberté. Seulement voilà, un jour le besoin de jouir de tout ce qui fait du bien au corps remplace la certitude de la Survie de l’Esprit qui rendait négligeable aux premiers Gaulois la perte de la vie, et c’est comme ça que les rites se sont perdus dans la nuit des temps. Enfin passons, et revenons à nos Celtes.

Nous sommes au premier siècle avant notre ère, la quinzième nuit avant atenoux de Cutios (le 1er novembre d’aujourd’hui). Oui, parce que nos ancêtres les Gaulois ne comptent pas les jours comme nous. D’abord pour commencer, ils ne comptent pas en jours: ils comptent en nuits. Pour eux, c’est la nuit qui précède le jour, et pas l’inverse (même si au bout d’un moment, on peut imaginer que la nuit ne va pas tarder à le suivre, enfin passons). Les noms des mois gaulois, n’en déplaise à Goscinny, se terminent par –os et pas par –ix. L’année gauloise commence en juin, par le mois de Samonios. Elle se termine donc en mai (logique) par le mois de Cantlos. Chaque mois est divisé en deux quinzaines, avant et après atenoux (la nuit du milieu).

Donc, pour en revenir à nos moutons, nous sommes la 15e nuit avant atenoux de Cutios, et nous fêtons Samonios, ou Samain, c’est-à-dire la célébration du début de la saison sombre – puisqu’il n’existe que deux saisons, la sombre et la claire.

Samain n’appartient ni à la saison claire (qui s’achève), ni à la saison sombre (qui va commencer). C’est une période autonome, hors du temps, "un intervalle de non-temps" qui permet aux vivants de rencontrer les défunts. Elle marque une rupture dans la vie quotidienne : la fin des conquêtes et des rafles pour les guerriers et la fin des travaux agraires pour les agriculteurs-éleveurs. Elle permet aussi aux défunts, non réincarnés, de passer dans le monde des vivants pour y retrouver les lieux et les personnes qui leur sont chers. C’est pour cela qu’elle est propice aux événements magiques et mythiques.

Comme toutes les grandes fêtes gauloises, Samain compte trois jours de solennités: le premier est consacré à la mémoire des héros, le deuxième à celle de tous les défunts, et le troisième aux réjouissances populaires et familiales marquées par des réunions, des banquets, des festins de toutes sortes qui peuvent se prolonger une semaine durant.

La veille a eu lieu la cérémonie de la renaissance du feu. Les propriétaires des maisons ont éteint les feux de l’âtre avant de se rassembler à la nuit tombante sur la place où les druides ont procédé à l’allumage d’un nouveau feu sacré en frottant quelques bois secs du chêne sacré. Ils ont ensuite allumé de grands feux de joie sur les collines environnantes pour éloigner les esprits malfaisants. Puis chaque maître de maison est reparti avec quelques braises tirées du nouveau feu sacré pour rallumer un nouveau feu dans l’âtre de sa maison, feu qui doit durer jusqu’à la prochaine fête de Samain et protéger ainsi le foyer tout au long de l’année.

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Dans cette dernière nuit d’Ogronios (31 octobre), le monde des morts, des fées et des sorcières entre en contact avec celui des vivants. Les âmes des défunts reviennent errer autour des maisons des vivants, c'est pourquoi on laisse la porte entrouverte et une place à table, et on place des lanternes sur les chemins pour les guider.. Les enfants n’en sont pas effrayés. Ils savent toutes ces choses, puisque dès l’âge de sept ans, ils viennent recevoir l’enseignement oral dispensé par les druides instituteurs. Ils y apprennent par cœur la vie des héros - chantée par les bardes -, le calcul, le rythme des saisons, la composition de l’univers, le nom des étoiles, le courage, l’honneur, les droits et les devoirs envers le peuple et envers leur famille. Les petits Gaulois ne craignent pas la mort, ils savent qu’elle n’est qu’un passage, que leur esprit ne peut pas mourir, qu’un jour, il se sépare du corps qu’il a animé pendant la vie et quitte le troisième cercle pour se fondre dans le deuxième, celui qui entoure le cercle central: le cercle de l’Incréé que Nul n’Ose Nommer. Oui, cette entité primordiale, nul ne s’adresse directement à Elle. Ce sont des intermédiaires qui se chargent de transmettre leurs prières et de recevoir en Son nom des sacrifices, que dans la pauvreté du langage humain, les hommes appellent des dieux : Toutatis, le protecteur de la tribu ; Lug, le compagnon des voyageurs ; Tarranis, le dieu du tonnerre ; Cernunnos, le barbu aux cornes toujours renaissantes ; Sucellus, le frappeur au marteau, qui, le moment du passage venu, séparera le corps de l’esprit.

Mais les montagnes, les sources, les arbres, oeuvres directes de l’Incréé sans le secours de la main de l’homme, sont la preuve évidente de son existence.

Donc, cette quinzième nuit avant atenoux de Cutios, on ne se couche pas. On chante dans les rues, on boit et on ripaille. La joie est sur tous les visages, on danse sur la place, les manteaux bariolés des hommes se mêlent aux chitons des filles qu'on aperçoit sous leur cape. Les épouses se blottissent dans les bras de leur mari et les jeunes gens échangent des sourires. Un garçon essaie d’attirer l’attention d’une jeunette, elle peut avoir quinze ou seize ans, elle est fine, jolie, rêveuse, et comme toutes les femmes ne se mêle pas de la conversation des hommes. Elle fixe les flammes du feu. Il semble qu’elle a senti le regard sur elle car ses joues rosissent. Elle disparaît derrière une tenture, revient avec un pichet de cervoise, prend des timbales sur une étagère et sert à boire. Lorsque le jeune homme saisit la timbale qu’elle lui tend, leurs doigts s’effleurent.

N’est-ce pas comme ça que les amours se font depuis la nuit des temps ?

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28 janvier 2017

Les noms autrefois

Avant le XIIe siècle, les personnes n'étaient désignées qu'avec un seul terme, qu'on appellerait aujourd'hui "prénom", et qui correspondait souvent au saint du jour de la naissance. Par la suite, au fur et à mesure de l'augmentation de la population, pour différencier les personnes on a accolé un nom au prénom. Ce nom pouvait être d'origine géographique ("de Nancy", par exemple), de résidence ("du chêne", "du moulin"), de filiation (le Martin de Jean), de parentalité ("le jeune" = fils de), de métier, ou encore un surnom, souvent une singularité liée au physique ou au caractère (sobriquets comme : le grand, le bon, ou encore le rebour qui désigne un épi de cheveu ou un caractère rebelle).

À partir de 1539, avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts du roi François 1er, la tenue des "registres de baptêmes et de sépultures" devient obligatoire.

Francois 1er Jean Clouet

Le roi François 1er par Jean Clouet

Cette ordonnance est par ailleurs célèbre car elle oblige à utiliser le français dans tous les documents relatifs à la vie publique du Royaume de France afin d’en faciliter la bonne compréhension. C’est ainsi que le français devient la langue officielle en lieu et place du latin, voire de langues régionales.

villers cotteret

Ordonnan du Roy sur le faid

de justice

 Francois, par La grâce de dieu, Roy de France

Sçavoir faisons, à tous présens et advenir, que pour aucunement pourvoir au bien de notre justice, abréviation des procès, et soulagement de nos sujets, avons, par édit perpétuel et irrévocable, statué et ordonné, statuons et ordonnons les choses qui s’ensuivent.

villers arch

CXI. Et Pource que telles choses sont souventeffois ad-venues sur l'intelligence des motz latins contenuz esdictz arrestz, nous voulons que doresenavant tous arretz ensemble toutes autres procédeures, soyent de noz cours souveraines ou autres subalternes et inférieures, soyent de registres, enquestes, contractz, commissions, sentences, testamens et autres quelzconques actes et exploictz de justice, ou qui en dépendent, soyent prononcez, enregistrez et délivrez aux parties en langage maternel françoys, et non autrement.

 

Avant cette ordonnance de 1539, l'identification des personnes était régie par la "reconnaissance" de leur visage, reconnaissance relativement facile du fait de la hausse démographique modérée.

Il n’en reste pas moins que des exemples comme l’affaire Martin Guerre, jugée en 1560 (un film a été fait racontant cette histoire vraie :

le retour de martin guerre

http://www.premiere.fr/film/Le-Retour-De-Martin-Guerre-553055# )

montre la difficulté d’identifier les personnes de façon fiable en l'absence de documents écrits.

En France comme dans la plupart des pays de l'Europe de l'Ouest, l'autorité religieuse a très tôt souhaité répertorier dans les registres paroissiaux les personnes ayant reçu le baptême ou ayant été enterrées religieusement. Ces registres sont parfois assortis d'un "registre d'état des âmes" (équivalent de l'actuel registre de population) rédigé à titre privé par des curés qui veulent faire un état moral de leur paroisse, afin de démasquer notamment des cas de bigamie, de concubinage ou d'impiété.

En avril 1667, avec l’ordonnance de Saint-Germain-en-Laye, la tenue des registres en double est rendue obligatoire, réduisant fortement la perte totale des informations pour cause de troubles, guerres, incendie ou dégradations par les rongeurs. L'un des exemplaires, appelé grosse, doit être conservé par le greffe du bailliage tandis que l'autre, la minute, retournera entre les mains du curé desservant la paroisse. C’est à ce moment-là que le papier timbré devient obligatoire pour la confection d’actes authentiques.

Ceci pour expliquer, d'une part la grande difficulté de remonter la généalogie au delà du XVIIe siècle quand aucun registre n'était tenu, et d'autre part pourquoi on peut trouver la même personne prénommée de manière différente suivant les moments de sa vie.. (par ex Martin Louis Guerre, fils de Martin Guerre: tant qu'ils étaient vivants tous les deux le 1er pouvait être nommé Louis pour ne pas le confondre avec son père et ensuite Martin quand son père est mort).

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10 novembre 2016

Comme des orphelins

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C’était il y a très longtemps, à l’époque où les Romains n’avaient pas encore envahi la Gaule celtique. À l’endroit où se trouve aujourd’hui la ville de Lieusaint s’étendait une immense forêt [l'actuelle forêt de Sénart, en Seine-et-Marne].

Cet endroit, les Romains l’appelleront plus tard locus sanctus, traduction de son nom celte lieu sacré. En effet, au cœur de cette forêt magnifique et touffue se trouvait une clairière où jaillissait une source d’eau claire et très pure. Cette clairière était le refuge d’une fée qui protégeait les forêts et les cours d’eau : la Dame bleue.

La Dame bleue avait la particularité de vivre au rythme des saisons. Vous vous rappelez que pour les Gaulois, il n’y en a que deux. Eh bien c’est au cours de la saison froide que la Dame bleue se réveillait. Le calme et la paix de cette période lui permettaient de sortir lentement de son long sommeil. Elle s’amusait alors à faire craquer la neige sous ses pieds ou à observer l’hibernation des animaux des bois. Quand venait le printemps, la Dame bleue fertilisait la terre. Elle chantait la beauté des bourgeons et la joie des naissances avec les animaux de la forêt. Elle dansait avec les poissons et les oiseaux dans une folle sarabande qui la conduisait jusqu’à la chaleur étouffante de la saison que nous appelons aujourd’hui l’été. 

C’est à ce moment-là que la Dame bleue se rendormait, laissant son souffle et son corps nourrir les végétaux. Ce qui fait que pendant notre actuel automne, la Dame bleue dormait profondément. Les arbres se sentant comme des orphelins laissaient leurs feuilles tomber par terre. La nature se taisait pour attendre dans le silence le retour de sa fée.

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Seulement voilà, la fée ne se réveillait que lorsqu’on accomplissait un certain rituel. C’est pour cela que les druides se réunissaient dans cette clairière pour lui rendre hommage deux fois par an, au solstice d’hiver (1er novembre), que les Celtes appellent Samain, et au solstice d’été (1er mai), c’est-à-dire Beltaine.

De plus, les Gaulois étaient persuadés que s’ils ne célébraient pas la Dame bleue, le printemps ne viendrait pas, les arbres ne donneraient que peu de fruits et la chasse serait mauvaise. Alors ils chantaient pour elle et lui faisaient des offrandes dans le but de la réveiller de son long sommeil. Ils jetaient dans les cours d’eau des colliers de fleurs séchées teintes en bleu.

Lors de la cérémonie de Beltaine, les rites qui annonçaient le début de son long sommeil étaient les mêmes, seuls les chants étaient différents et au lieu de colliers de fleurs, des grains d’orge et de blé étaient jetés à l’eau.

Avec l’arrivée des Romains, puis du Christianisme, les gens petit à petit ne se rendirent plus aux cérémonies. Seuls les druides continuaient à les célébrer. Si bien que la Dame bleue dormait de plus en plus longtemps, ne se réveillant que tous les deux, trois ou cinq ans.

Puis un jour, au VIIe siècle, un moine itinérant du nom de Quentien vint dans la région en quête du locus sanctus, ce lieu sacré gaulois dont ses ancêtres, qui étaient des druides, lui avaient parlé. Il se mit à chercher la clairière sacrée, apprenant aux gens ce qu’il savait en échange d’un peu de nourriture pour vivre. Mais les ruisseaux et les sources étaient si nombreux dans cette forêt qu’il chercha longtemps, longtemps .. En vain.

Un jour, il se perdit dans la forêt et finit par s’endormir. Quand soudain, il se réveilla en pleine nuit et aperçut une forme diaphane et bleutée. Cette forme était celle d’une femme d’une telle beauté que le moine en fut tout ébloui.

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Vous l'avez compris, cette femme était la Dame bleue. Elle dit au moine : "Si tu pratiques comme autrefois les cérémonies qui me permettent de me réveiller, je te donnerai le pouvoir de guérir les gens".

Quentien accepta. Il célébra donc de nouveau les cultes à la Dame bleue, comme le faisaient les Gaulois autrefois. Il put ainsi guérir les gens et en particulier des enfants. De partout, on venait pour qu’il guérisse, et on le considérait comme un saint car il faisait le bien autour de lui.

Quentien avait pris soin d’écrire toute l’histoire pour qu’on sache ce qu’il fallait faire pour réveiller la Dame bleue. Lorsqu’il mourut, en l’an 669, les habitants de Lieusaint le prirent comme le patron protecteur de la ville.

Les années s’écoulèrent. Un jour, le roi de France Charles V se promenait dans la région, et il aperçut une lumière étrange dans la forêt. Intrigué, il s’approcha et découvrit une femme magnifique, à l’aura bleutée. Elle caressait une biche, et sur son épaule se tenaient un écureuil et une mésange qui semblaient s’amuser avec elle. Mais l’approche bruyante du Roi les effraya et la Dame bleue s’enfuit. Le Roi chercha longtemps pour retrouver la fée, mais jamais jamais il ne la retrouva.. Elle avait disparu. Alors les habitants de Lieusaint lui firent lire ce que Quentien avait écrit sur la Dame bleue, et il se mit lui aussi à chercher la source miraculeuse au milieu de la clairière où vivait la fée ... En vain.

Deux siècles plus tard, ce fut le roi Henri IV qui tomba amoureux de la Dame bleue après l’avoir aperçue un jour dans la forêt. Comme Charles V il la chercha sans jamais la retrouver. À cette époque, elle dormait plus de cinq années, et ne restait éveillée que quelques mois seulement. Peut-être d’ailleurs aurait-elle dormi d’un sommeil éternel si elle n’avait croisé le chemin d’un jeune homme du nom de Charles-Thomas Alfroy, pépiniériste de son métier, qui tomba instantanément amoureux d’elle comme tous les hommes qui la voyaient. Un pacte fut scellé entre eux : Charles s’engageait à ce que sa famille perpétue le culte de la Dame bleue, et en échange, la fée ferait pousser dans leurs pépinières les plus beaux arbres du monde. D’ailleurs, très vite, la réputation des arbres des Alfroy fut telle que Louis XIV les réclama pour le château de Versailles.

Seulement voilà, en 1789 eut lieu la Révolution Française. Pour la protéger et qu’elle ne soit pas emprisonnée par les Révolutionnaires, les Alfroy ne célébrèrent plus le culte.

Depuis, la Dame bleue dort d’un sommeil éternel ...

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Texte que j'avais écrit pour mes petits-fils,

à un temps où je pouvais encore les émerveiller avec autre chose qu'Ibrahimović ...

12 novembre 2016

Une femme non plus

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Je me suis mise à crier. Le visage vers le ciel, les bras levés, de la douleur plein le corps, j’ai hurlé comme le font les lionnes à la lune : "Yhwh, aide-moi ! Je t’en supplie, aide-moi !", m'adressant sans honte au Dieu Très-Haut d’Abraham, même s’il ne m’entend pas. Car en réalité, je n'en sais rien, s'Il m'entend. Juste, j'ai besoin de hurler, de hurler ma douleur qui me fait une brûlure lancinante au dedans. Je ferme les yeux, je respire doucement, je pars en apesanteur en espérant que la douleur s’arrête. Mais ça ne s’arrête pas. Les yeux fermés, c’est pire : je les imagine. Je vois Abraham toucher cette femme que je lui ai donnée pour qu’elle lui fasse un fils. Je vois ses mains sur elle, cela me fait un mal de chien, un p'.. de mal de chien ! Alors je cours, je cours à perdre haleine, pour ne pas pleurer, pour ne pas hurler, mais je hurle quand même, je hurle longtemps, un cri transparent, inaudible, pris dans le fracas du vent, agenouillée dans le ruisseau glacé avec les cuisses griffées par les buissons de menthe qui bordent la rive.

Cette nuit-là, je suis restée longtemps dans l’eau. Si longtemps que j’aurais pu en mourir.

Au petit jour je suis allée voir Abraham.

- Mon époux, c’est trop dur. Ma jalousie est trop grande. Je ne veux te faire honte ni gâcher le bonheur que te donne un fils, mais laisse-moi juste dresser ma tente là-haut, loin sous les térébinthes".

Il n'a rien dit. Maintenant qu’Ismaël peut sauter sur ses genoux, que je sois près ou loin ça lui est bien égal. Il me laisse partir.

À l'écart sous ma tente, sans même une servante, enfin je peux dormir. Je dors deux jours, peut-être trois, je m'éveille juste pour boire un peu de lait et je replonge dans le sommeil. C'est bon comme mille caresses. Je m’apaise. Pourquoi lutter ? Pourquoi ne pas accepter ce qui est ? Pourquoi tant de cris, tant de souffrance, alors qu’un enfant d’Abraham est né et que c’est tout ce que je souhaite ? Je ne suis pas la mère de l’enfant, et alors ? Est-ce si grave ? On le nommera "fils d’Abraham" de toutes façons, quand bien même je ne l'ai pas porté.

Un jour je me glisse à la rivière. Et voilà que je découvre des petites taches sombres sur mes mains, il y en a plein, partout. Le soir encore je les examine avec une curiosité mêlée de délice. Et voilà que j’observe les muscles de mes bras : ils s’amenuisent comme peau de chagrin. Et puis un pli sur mon ventre, et un pli encore. J’examine mes seins. Ils ne sont plus ronds et hauts, ils ne sont plus fermes. Je les soupèse, ils sont flasques sur ma paume. Je cours remplir une jatte d’eau pour me mirer dedans. Des rides ! Mon Dieu, des rides sous mes yeux, autour de mes yeux !!! Des rides sur le haut de mes pommettes, des dizaines de rides minuscules autour de mes lèvres !

Ma beauté s’en est allée!

Je hurle de joie, je danse et je ris tout à la fois. Enfin je vieillis ! Enfin la beauté me quitte, cette beauté qui avait fait retourner tant d'hommes sur ce ventre creux!

Je ne cesse de m’ausculter, de me mirer dans l’eau, comptant mes rides, mesurant la chute de mes seins, les plis de mon ventre, me saoulant de bonheur. D’en bas, dans les tentes d’Abraham en me voyant on doit se dire "Sarah à force d'être toute seule livrée à sa jalousie, voilà qu'elle perd l’esprit pour de bon !"

Peu m’importe. Je suis folle oui, folle de joie ! Le temps enfin revient dans mon corps. Peut-être après tout, Ywhw m’a-t-il entendue ? Il a entendu ma plainte! Il a brisé le prodige de cette beauté inutile qui faisait se retourner les hommes, Il m'apaise de la douceur de la vieillesse. Mon tourment va cesser : plus question d’enfanter!

Quelques temps plus tard, Abraham monte jusqu’à moi, le visage grave et soucieux. Veut-il que je m’éloigne plus encore ? Je me tiens prête.

Je le fais asseoir confortablement, lui apporte à boire et à manger. Lorsqu’enfin son regard est dans le mien, je dis :

- Mon époux, je t’écoute.

- Ywhw m’a parlé ce matin. Il m’a dit : "Je fais alliance avec toi. Mon alliance s’inscrira dans votre chair. Je bénirai aussi ta femme, et je te donnerai un fils d’elle. Il s’appellera Isaac."

Je crois que le ciel a tremblé pendant qu’Abraham a prononcé ces mots. À moins que ce ne soit mon coeur et mon ventre tout à la fois. Ma bouche aussi a tremblé. J’ai pensé à mes cris dans le ruisseau, mes longs cris de douleur dans la lune éblouie. Oui, il se peut que j’ai pensé à tout cela, mais j'ai aussi pensé à nous deux, la vieille Sarah et le vieil Abraham, et je nous ai imaginés nus l'un contre l'autre, et j’ai eu envie de rire.

Les yeux de mon époux ont brillé sous ses paupières, moqueurs et radieux comme ceux d’un jeune homme.

- Tu ne me crois pas, n’est-ce pas ?

- Abraham, as-tu remarqué comme je suis devenue vieille ?

- Vieille ? Non. Tu me sembles seulement avoir le visage de ton âge, et j’en suis enchanté.

- Allons mon doux époux, cesse de rêver ! De quel ventre sortirait-il, ce fils ? Cet Isaac ?

- Du tien ! De celui de Sarah !

- Et venant de quelle semence ?

- Oh je vois ! Ce n’est pas de toi que tu doutes, mais de moi !

Je n’ai pu retenir un rire grand comme un soleil.

- Oh que non, toi tu es capable de tout !! Mais moi, après tout ce temps, c’en est enfin fini de ma souffrance. Je suis ridée et stérile comme je dois l’être. Voilà.

- Mais Sarah, il nous suffit juste de ... de ... Mais bon sang, vas-tu arrêter de rire ???!!

Mon fou rire ne cessait pas. J’ai enlacé mon vieil époux. J’ai pris sa tête entre mes mains, lui baisant les yeux, lui posant le front contre ma joue :

- Abraham, tu n’avais pas besoin de tant de mots pour revenir dans ma couche tu sais ... Mais ne te fais pas d’illusions, celle que tu y trouveras ne soutient pas la comparaison avec la jeune mère d’Ismaël!

Mon époux m’a prouvé le contraire. En me comblant dans un plaisir calme et moelleux que je n’avais jamais connu.

Me sont alors revenus des mots que j’entendais lorsque j’étais encore jeune vierge :"On n’a jamais vu un homme se lasser de ces choses-là. Même branlants, tant qu’ils peuvent dresser le manche, ils se rêvent encore bûcherons !".

Mais une femme non plus ne s’en lasse pas... Oh Dieu non ! Une femme non plus ne s’en lasse pas ...

 

:*·.¸¸.·´¯`·.¸¸.☆

Sarah est la première femme (après Ève) dont on raconte l’histoire dans la Bible.

Malgré la promesse de Dieu que son mari Abraham soit le père de nombreuses nations, donc qu’il ait une infinie descendance, Sarah reste désespérément stérile. Elle décide alors d’offrir sa servante égyptienne Agar à son mari, dont il aura Ismaël.

Finalement, c’est à plus de 80 ans que Sarah donnera un fils à son époux centenaire : Isaac, qui veut dire il rira...

6 décembre 2016

Un truc inébranlable

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Avec sa longue barbe blanche, son rire puissant et son haleine à décoller les papiers peints, on aurait tôt fait de le comparer à un roc, à un chêne, bref à un truc inébranlable depuis la nuit des temps. Et pourtant. Les apparences sont souvent trompeuses, car le Père Noël, s’il a toujours bien été vêtu de rouge, n’était au départ qu’un jeune homme glabre voyageant sur un ânon.

Mais que je vous narre la chose par son début ..

Il y a bien longtemps était dans une contrée lointaine une ville magnifique qui s’allongeait au flanc d’une falaise abrupte, bercée de soleil et de ciel bleu, répondant au doux nom de Patara (actuelle Turquie). Vivaient là Epiphaneus et Jeanne qui passaient pour les plus fervents croyants de la communauté chrétienne. Pour les récompenser, Dieu dans sa bonté leur octroya le plus beau des cadeaux : un fils, que le couple appela Nicolas.

À peine sorti du ventre de sa mère, Nicolas commença à faire du zèle. Dès le jour de son baptême, il se mit debout tout seul sur ses petites gambettes pour recevoir l’eau sainte. En plus, il ne se mettait au sein de sa mère que les mercredi et vendredi à l’heure fixée par les règles canoniques (permettant ainsi à Jeanne, sa maman, de conserver une poitrine haute et fière et de passer des nuits paisibles).

Devenu grand, Nicolas se mit en devoir de faire quelques miracles. Le premier eut lieu un jour qu’une femme partie à la messe oublia son enfant dans une cuve d’eau chaude sur le feu. Bon, on peut se demander ce qu’il peut bien se passer dans la tête d’une femme qui colle son gamin dans une cuve d’eau placée sur le feu et qui s’en va à la messe comme si de rien n’était. Enfin passons. Toujours est-il qu’en rentrant chez elle, elle trouva l’enfant sain et sauf qui jouait avec de l’eau bouillante. Nicolas était passé par là.

La fois suivante, ce furent trois sœurs tellement tellement pauvres que leur père ne pouvait pas leur donner de dot pour les marier et du coup, s’apprêtait à les livrer à la prostitution (cela peut sembler radical comme mesure pour des gens extrêmement civilisés comme nous. Mais il est un fait qu’autrefois, et jusqu’à une époque relativement récente (XVIIIe siècle), la seule issue pour une femme était de se marier si elle ne voulait pas finir sur le trottoir..).

Nico, dans le profond de son cœur, ne put accepter cela : il vint secrètement une nuit jeter par la fenêtre de leur maison un sac contenant assez d’or pour la dot d’une des sœurs, et refit deux fois le même geste, vu qu’elles étaient trois. C’est comme ça que les trois sœurs purent convoler en justes noces grâce à lui.

Une autre histoire : un jour, un riche paysan organisa une très grande fête. Il invita de nombreuses personnes. Le diable se mêla à la foule travesti en pèlerin. Au moment où le jeune fils du paysan alla se coucher, le diable se glissa dans la chambre de l'enfant et l'étrangla. Heureusement, Nico alerté par SMS sauta sur son blanc destrier et vint ressusciter l’enfant ..

Mais comme l’on sait, ce sont les meilleurs qui s’en vont les premiers : ayant eu la révélation de sa mort prochaine, Nicolas se retira dans le monastère de la Sainte-Sion dont il avait été fait abbé. Ce fut là que, le 6 décembre 343, une petite fièvre mit un terme à quatre-vingt-trois années (environ) d’une vie de bonté bien remplie. Une fois qu’il fut enseveli, de sa tête se mit à couler une source d’huile qui ramenait la santé aux malades et de ses pieds une source d’eau. Du coup l'Église se demanda si elle n'avait pas loupé quelque chose, et se hâta de canoniser Nicolas avant de se mettre toutes ses admiratrices à dos.

Or, à quelques temps de là, des marchands italiens qui faisaient un petit voyage touristique dans le coin trouvèrent bien regrettable que les reliques de ce brave Nicolas dépérissent ainsi loin de chez eux et les ramenèrent à Bari, en Italie, où un chevalier lorrain qui passait par là se saisit de quelques os du saint pour les ramener chez lui.

Et c’est comme ça que d’Asie Mineure, la notoriété du bon Nicolas voyagea jusqu’au nord de la France avant de se propager en Europe, où elle subit les quelques transformations que nous lui connaissons ..

11 novembre 2016

Έλπίς

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Il était une fois au IIe siècle de notre ère une femme très pieuse qui habitait loin, très loin, dans cette partie du monde que les Romains appelaient l’Asie Mineure et qui comprenait une contrée qui a émerveillé ma jeunesse : la Grèce.

Sophia (c’était le nom de cette femme) se vouait corps et âme au Seigneur Jésus-Christ, si bien qu’un jour, tous ses efforts portèrent leurs fruits sous la forme d’une première fille qu’elle appela Pistis (la foi). Comme elle était très pieuse, elle refit quelques exercices qui lui donnèrent encore Elpis (l’espérance) et Agapis (l’amour).

Sa vertu et sa dévotion étaient vantées à travers tout le monde romain et un jour, cela arriva aux oreilles de l’empereur Hadrien qui se languissait dans son palais en mâchouillant des petits lézards rôtis. Il lui prit alors l’idée de vérifier par lui-même l’étendue de la sagesse de Sophia et fit ordonner qu’on la fasse venir avec ses filles.

Lorsqu’elles se retrouvèrent devant lui, il fut direct atomisé par leur beauté piété, et se dit que si le ramage des filles se rapportait au plumage de la mère, il ne s'ennuierait plus jamais l'hiver. Il proposa donc à Sophia de lui confier les petites qui avaient respectivement 8, 10 et 11 ans.

Bien que fort pieuse, Sophia n’était pas complètement idiote et elle retourna son nez, qu’elle avait aussi grec que celui de Cléopâtre.

Ce qui contraria méchamment Hadrien.

Qu’avait-il bien pu dire de mal? se demanda-t-il en essuyant la bave qui lui coulait sur le menton.

Vexé par le refus de Sophia, il fit capturer les trois fillettes dans l’espoir insensé qu’elles lui donnent ce que leur mère venait de refuser. Manque de bol, les gamines avaient le caractère de cochon de leur mère.

Hadrien décida que ça n’allait pas se passer comme ça et il ordonna à trente-six de ses soldats de faire fouetter Pistis (pourquoi trente-six ? Ben pour qu'ils se relayent, tiens !) qui ensuite lui arrachèrent les seins. Après quoi on la colla sur le gril, mais trop d’la balle, Pistis ne sentait rien vu que c’était une sainte, alors ils la plongèrent dans une chaudière pleine d’huile bouillante, mais comme ça ne lui faisait toujours rien, dégoûtés, ils furent obligés de l’achever en la décapitant.

Pistis les avait tellement contrariés que pour Elpis, ils se contentèrent de la jeter dans de la résine bouillante puis de la décapiter. À quoi ça servait qu’ils se décarcassent hein, on se l'demande, pour ce qu’ils en avaient comme retour ?

Quand vint enfin le tour d’Agapis, les soldats avaient repris des forces et eurent l’idée géniale de lui disloquer les membres en la frappant à coups de bâtons, idée qui a largement fait le tour du monde depuis.

C’est comme ça qu’en ces temps anciens, de pauvres soldats innocents furent obligés de se farcir des trucs qu'ils n'avaient pas du tout envie de faire.

Et après on s'étonne que plus personne veut s’engager...

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© Goscinny et Uderzo

NB Les mésaventures de l’empereur Hadrien ont fait le tour du monde antique et nous sont parvenues avec les noms slaves des protagonistes, à savoir Sonia pour la mère, et Véra, Nadejda et Liubba pour les trois fillettes.

21 octobre 2016

Super svelte

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Nos ancêtres les Gaulois n'avaient peur que d’une chose : que le ciel leur tombe sur la tête. Finalement ce sont les Romains qui leur sont tombés dessus, à une période où Lutecia, comme l’appelait Jules, n’était encore qu’une île reliée par deux vétustes ponts de bois, habitée par une modeste peuplade de Gaulois celtes, lesquels, ormis leur jeu préféré qui consistait à se massacrer entre eux, vivaient du fleuve. C’est d'ailleurs pour ça qu’ils s'appelaient les Parisii, qui veut dire pêcheurs en gaulois (du reste, c’est ce nom qui restera à notre capitale, ainsi que le bateau dans les armes de la ville et la devise "Fluctuat nec mergitur" ..).

En trois siècles, les Romains vont y construire des marchés, des temples, des ponts plus solides et des rues bien droites, tracées selon un quadrillage conforme aux règles de l'urbanisme militaire en vigueur dans les camps romains, effaçant toute trace de l‘îlot que fut notre capitale à leur arrivée en Gaule..

En l’an 451 de notre ère, Attila, saisi d'un brusque désir de tourisme dynamique, rapplique de sa Tartarie natale avec ses hordes, passe le Rhin, met tout à feu et à sang dans les provinces du Nord et marche droit sur la vallée de la Sequana (Seine).

Panique générale chez les Parisii ! Heureusement, Geneviève est là !! Mais qui est Geneviève ? Eh bien c'est une jeune fille de vingt-huit ans, pas encore sainte, mais déjà très pieuse. En effet, dès l’âge de sept ans elle se fait remarquer par Germain, l'évêque d'Auxerre qui, la trouvant en prière dans l'église de Nanterre (ville où elle est née), pose ses mains sur la petite et déclare : "Ne la contrariez pas, car, ou je me trompe bien, ou cette enfant sera grande devant Dieu." Tellement grande devant Dieu qu’à quinze ans, Geneviève prend le voile des vierges. À l'époque, les monastères de femmes n’existent pas, et celles qui souhaitent se consacrer au Seigneur continuent à vivre dans le monde, simplement distinguées par le voile de leur consécration. C’est ce qui se passe pour Geneviève qui, à la mort de ses parents, vient habiter à Lutecia chez sa marraine. Geneviève vit de silence, de prière et de mortification, ne se nourrissant que deux fois par semaine (raison pour laquelle elle est super svelte, d‘après les quelques témoignages en notre possession).

Mais revenons à nos Huns, ou plutôt à nos Parisii. S'ils n'avaient peur que d'une chose (que le ciel leur tombe sur la tête), ils voyaient néanmoins avec un enthousiasme plus que mitigé le désherbage prématuré de la région. C'est pour ça qu'à cette annonce ils n'ont qu'une hâte : déguerpir au plus vite. C'est là que Geneviève s'exclame : "Ne partez pas !! Lutecia est protégée par le Christ et échappera au carnage!".

Taratata !! Les hommes terrorisés (ce ne sont que des hommes, ne l'oublions pas) restent sur leur idée : prendre courageusement leurs jambes à leur cou - non sans avoir au préalable jeté dans la Sequana cette espèce de folle qui leur suggère de rester pour se faire massacrer (après l'avoir, par précaution, lapidée avant).

Geneviève alors se tourne vers les femmes qui comme toujours, sont les seules à ne pas paniquer pour trois fois rien, et avec elles s'en vient prier dans une église (église qui, entre parenthèses, était située à l'endroit où se dresse l'actuelle Notre-Dame).

Sur ces entrefaites, surgit l'archidiacre d’Auxerre qui clame de sa virile voix : "Parisii !! Celle que vous voulez tuer est une sainte ! Obéissez-lui !"

Une sainte ?? Veni vedi sainti ??

Du coup, les mâles Parisii ne savent plus que faire. Vaquer ? Lapider ?? Big dilemme. Finalement, ils se disent que l’archidiacre est aussi un homme, comme eux, et décident donc de lui faire confiance et d’attendre l’arrivée d’Attila .. Qui n’a pas lieu, comme l’a prédit Geneviève. En effet, piqué par on ne sait quelle mouche, le célèbre Tartare, suivi de sa meute, se détourne brusquement de Lutecia pour aller désherber Cenabum (Orléans) qu'il assiège (finalement, les Huns seront repoussés et vaincus lors d‘une bataille à grand spectacle, avec des fleuves de sang, aux Champs Catalauniques) (ce qui prouve que la civilisation triomphe toujours).

Hourra!!! Hourra !!!! hurlent les Parisii [comme si c’était eux qui avaient fait tout le boulot]. Et ils proclament Geneviève leur sainte patronne, oubliant complètement que trois secondes avant ils voulaient la noyer.

(Pour la p'tite histoire, trente ans plus tard, elle remettra ça avec les Francs. Geneviève, cette fois, sauvera la ville de la famine en organisant une expédition ingénieuse au moyen de bateaux qui, par la Sequana, iront chercher le ravitaillement jusqu'en Champagne. D’ailleurs, Clovis en fera toute une montagne (la Montagne Sainte-Geneviève). Quant Geneviève mourra, en 512, à l’âge très vénérable de quatre-vingt-neuf ans, Clovis y fera construire une église, qui abritera son tombeau (à Geneviève) ainsi que le sien et celui de sa femme (à Clovis) (et c’est à ce même endroit qu’Abélard commencera à enseigner au XIe siècle)).

Voilà.

Bon alors, j'ai demandé à mon fils de lire ce texte pour savoir s’il était clair, et de me dire ce qu’il en a retenu. Réponse : Sainte Geneviève était super svelte..

30 octobre 2016

Où l'on apprend que Clotaire ne rechigne pas à se dévouer

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Fier guerrier, tyran à ses heures, Clotaire a une folle passion pour la gent féminine. Bien qu'ayant de nombreuses concubines, rien ne lui plaît autant que de s'encanailler et de séduire.

Son épouse, la douce et discrète Ingonde s'offusque d'autant moins de ses moeurs dissolues qu'elle a appris, comme toutes les femmes franques, à se plier aux volontés de son seigneur et maître.

Heureux, le mariage d'Ingonde et de Clotaire l'est sûrement pour que la reine adresse en toute confiance à son époux la requête que voici : Ingonde a une jeune soeur, Arégonde, et elle s'inquiète pour son avenir.

"Acceptez de désigner pour ma soeur, qui est aussi votre servante, un mari intelligent et riche", implore-t-elle.

Clotaire, qui malgré tout ce qu'on raconte à son sujet a un bon fond, aussi sec se rend à la villa où sa belle-soeur séjourne. Là, il tombe raide d'admiration devant la jeune vierge et sans hésiter une seconde la fait sienne. Comme vous le savez maintenant, eu égard aux traditions mérovingiennes, leur union charnelle a valeur de mariage légal.
Tout content de la façon dont il a résolu le problème Arégonde, le roi s'en retourne à la Cour et s'empresse d'annoncer la bonne nouvelle à sa femme.

"Cherchant l'homme riche et intelligent qu'il me fallait marier à ta soeur, je n'ai trouvé personne de meilleur que moi. Apprends donc que je l'ai prise pour épouse".

Pendant qu'Ingonde digère ce revirement qui fait de son propre mari son beau-frère, Clotaire court se dévouer auprès de Gontheuque, la veuve de son frère Clodomir ..

28 octobre 2016

Interlude!

Petite pause dans la narration afin de vous emmener du côté de Soissons! (promenade faite par moi-même il y a 5 ans).

Du coup aurais-je pu titrer "Pause", mais je n'ai pas résisté au plaisir d'utiliser ce délicieux mot désuet qui évoque toujours, du moins le crois-je, le "Petit train-rébus" de ma jeunesse..

Allez, zou! Prêts pour la balade? C'est parti!

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Soissons vient du nom des Gaulois belges les Suessions, y fixés dans cette vallée en 20 avant J.C., après la conquête romaine de César. La cité porte d'abord le nom d'Augusta Suessionum

Soissons est alors considérée comme l'une des cités les plus étendues de la région après Reims et Amiens, étant traversée par un important réseau routier de voies romaines qui la relie à Reims et Senlis, à Noyon et Amiens, à St Quentin, à Château-Thierry et Lyon et enfin à Meaux et Paris.

Le premier des Francs a s'y installer est Childéric, le père de Clovis. Ce dernier en fera lui-même sa capitale avant de se fixer à Paris en 508. Lorsque Clovis meurt en 511 la Gaule est partagée entre ses quatre fils (il n'est toujours pas question de France, les rois sont rois des Francs), c'est comme ça que son fils, Clotaire 1er, en fait sa capitale, ainsi que Chilpéric, roi de Neustrie et époux de la fameuse Frédégonde rendue célèbre par sa rivalité avec Brunehaut dont elle a fait assassiner la soeur (je ne manquerais pas d'y revenir).

C'est encore à Soissons qu'au VIIIe siècle a lieu l'élection de Pépin-le-Bref (père de Charlemagne), successeur des Mérovingiens déchus.

Enfin, à la suite d'un combat livrés sous ses murs en 923, Charles le Simple perd son trône au profit de la maison de France.

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Où mes pas me mènent-ils?

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À la cathédrale de Soissons!

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"Il n'y a point d'heures dans cette cathédrale..

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.. il y a l'éternité"

(Rodin)

J'espère que la promenade vous a plu. Bonne journée à vous!

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31 octobre 2016

Les tribus franques

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Je prends la liberté d’appeler Francs germaniques les trois frères qui possédaient la Thuringe (située au  centre de l’Allemagne actuelle), pour vous permettre de les différencier des Francs saliens qui occupaient ce qui deviendrait notre future France.

En réalité, les Francs est un terme générique pour désigner un ensemble de tribus d’origine germanique, pas seulement allemande comme on le pense peut-être, mais aussi scandinave.

En raison de l’immense diversité des peuples composant la Germanie, les historiens l’ont divisée en trois branches (nordique, occidentale, orientale), elles-mêmes subdivisées en sous-groupes.

Les Francs font partie du sous-groupe des Germains de Rhénanie, ce sont des "Germains occidentaux".

Le mot Franc signifie homme libre, vaillant. Les Francs en effet se veulent "libres de toute domination", y compris celle des Romains. C'est ainsi que cet essaim de tribus s’est peu à peu romanisé par le biais du service militaire, avant d’être fédéré à l’empire au Ve siècle.

Avec leur arrivée au début du cinquième siècle, tout change en Gaule. De contrée florissante qui égale presque l’Italie par sa civilisation et sa culture intellectuelle, la Gaule se transforme en un champ de désolation. À cette foule confuse venue de tous les points du Nord, Sicambres, Suèves, Sarmates, Chamaves, Ampsivariens, se mêlent les Gaulois qui ont échappé aux massacres. Il en résulte la plus bizarre variété dans les armes et dans la manière de se vêtir.

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Les Francs, d’après la description de leurs contemporains Tacite et Sidoine Apollinaire, sont très grands et très blonds. Ils ont les yeux bleus et étincelants, la voix forte, l’air farouche, le corps d’une grande blancheur. C’est une race audacieuse, prompte, indomptable, aimant le danger. L’été, ils habitent des huttes ; l’hiver, des souterrains.

Les Francs n’ont pas de soldats ; c’est la nation qui marche à la guerre. Les femmes conduisent leurs enfants, suivent leurs maris, pansent leurs blessures, et au besoin, combattent.

Tous les hommes en état de porter les armes prennent part au combat, où les uns vont nus, les autres à demi couverts de la dépouille de bêtes, et le plus petit nombre avec des vêtements courts et serrés qui prennent exactement la forme du corps. Le jeune guerrier porte au bras un anneau de fer, et ne le quitte qu’après une belle action qu’on appelle la rançon du brave.

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Au temps de Tacite, l’usage des longs cheveux n’appartient, entre tous les peuples germains, qu’aux Suèves. Ceux-ci relèvent leurs cheveux et les ramènent sur le sommet de la tête pour en former un ou plusieurs noeuds.

Les autres Francs adoptent d’abord cette mode puis l’abandonnent pour celle qui consiste à ce que le derrière de la tête soit entièrement rasé, que les cheveux de devant tombent sur le front et que ceux des côtés descendent le long des joues jusque sur les épaules.

Pour se rendre plus impressionnants dans les combats, les Francs peignent, comme les anciens Gaulois, leurs cheveux avec une composition d’un rouge très vif. Leurs lèvres s’ombrent de longues moustaches mais seuls les "grands" portent la barbe.

Du Ve au IXe siècle, les Francs cohabitent donc sur les terres qui deviendront beaucoup plus tard la France, la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas.

Dans les faits, les "rois de France" portent le titre de roi des Francs jusqu’à Philippe-Auguste (XIIe siècle).

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Expansion des Francs depuis l'avènement de Clovis (481)

24 octobre 2016

Six cent quarante portes

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Imaginez un paysage floconneux à perte de vue, un chemin qui n'a de chemin que le nom pour la bonne raison qu'il ne sert à rien, et vous voilà au milieu de nulle part, à la porte d'un palais qui possède 640 portes, des poutres faites de lances, des tuiles, de boucliers, et dont l'éclat radieux se reflète au ciel les nuits d'été.

Imaginez que vous êtes un valeureux guerrier, hululant presque de joie à l'idée de franchir la porte qui va vous mener au Walhalla, le Paradis franc.

Oui, parce que vous êtes mort, et c'est une superbe Valkyrie qui vous a mené là. Comme ses copines, elle passe son temps à virevolter au-dessus des champs de bataille, choisissant avec soin les hommes les plus braves afin de les mener devant Odin, le Dieu des Dieux, le Zeus des Francs, le Jupiter des Mérovingiens.

D'ailleurs il est là, Odin, allongé sur son divan, entouré de Nornes plus voluptueuses les unes que les autres, il caresse le plumage de Hugin (l'Esprit) et Munnin (la Mémoire), ses deux corbeaux perchés sur ses épaules. Il boit de l'hydromel doux, il donne à manger à ses loups.

À ses côtés, une merveille de suavité aux yeux bleus et à la chevelure dorée. C'est Freyja, la déesse de l'amour, de l'érotisme, de la guerre et de l'intimité. Ces deux-là se sont violemment aimés dans leur jeune temps (enfin, façon de parler, vu qu'ils sont éternellement jeunes), seulement voilà : Freyja s'est aussi tapé laissée séduire par les deux frères d'Odin (il faut dire qu'elle est tellement super belle qu'aucun mâle normalement constitué ne peut lui résister, donc tout ça, ce n'est vraiment pas sa faute). Oui donc, Odin qui est un vilain coléreux lui annonce que tout est fini entre nous, et la plante là en emmenant ses frangins avec lui. Se retrouvant sans amant, Freyja pleure des larmes d'or rouge qui se transforment en ambre en tombant dans la mer ..

Puis elle se mouche et prend une grande décision : puisque les hommes ne vont plus à elle, c'est elle qui ira aux hommes. Elle grimpe sur son char personnel tiré par deux chats - symbole de la chaleur charnelle, comme l'on sait - et va déclarer à Odin qu'à partir de tout de suite, elle veut la moitié des guerriers morts au combat.

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Elle précise pas pour quoi faire, mais on se doute .. Tu m'étonnes que les Francs n'avaient pas peur de mourir !

Sur ces mots, elle repart, digne, entourée des esprits ailés de l'amour et du désir, sa chevelure laissant tomber dans son sillage des fleurs printanières.

Bref, au  Walhalla, tel est le programme des réjouissances : le jour on se bat, on s'entretue pour renaître encore et se pourfendre indéfiniment; la nuit, on est convié soit dans le lit de Freyja (la déesse de la sensualité, je vous rappelle), soit au banquet d'Odin à boire de l'hydromel et manger des sangliers en folâtrant avec les vierges guerrières.

Et tout ça, jusqu'à la dernière guerre qui aura lieu au moment du Ragnarök (la fin du monde), à l'occasion duquel un Ase, Loki, se libérera (dans la mythologie franque il y a deux sortes de dieux : les Ases et les Vanes). Oui, parce que Loki est vraiment un sale type, il passe son temps rien qu'à tuer les autres (comme si c'était le genre des Francs), alors les Ases l'ont attaché avec les entrailles d'un de ses fils sous un serpent dont le venin goutte sur son visage. Trop de la balle les Ases non ?

Odin-Cinemagraph

 

Alors, ça vous plaît la mythologie franque? Vous en voulez encore?

 

16 novembre 2016

Les pêcheurs de lune

DSCN8561

Jadis, en bordure de la forêt de Carnelle, à une journée de marche en amont du confluent de l’Oise et de la Seine, il y avait à l’emplacement de l’actuelle ville de L’Île-Adam, dans le Val d’Oise, une bourgade celte connue sous le nom de Noviangetumn.  

Tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes antiques si la lune n’avait donné autant de soucis aux habitants de Noviangetumn. En effet, ils ne se consolaient pas de voir cet astre capricieux disparaître en partie ou en totalité sans qu’ils sachent pourquoi. Pourtant, ce n’était pas faute de l’honorer d’un culte scrupuleux et de l’implorer quotidiennement afin qu’elle se montre toujours dans toute sa splendeur. Peine perdue : certaines nuits, la lune s’amenuisait mystérieusement pour reparaître de la même façon. Cette infidélité provocante laissait les pauvres Noviangetumnois perplexes.

Les anciens, lorsqu’on leur posait la question, prétendaient en hochant gravement la tête qu’il n’en avait pas toujours été ainsi. Néanmoins, ils se montraient incapables de préciser l’origine de ces disparitions, si régulières qu’on s’y référait pour mesurer le temps.

- Mais pourquoi repousse-t-elle tous les mois ?" leur demandait-on.

- Par Bélénos!! Elle repousse parce que ... c'est une sorte de champignon!"

Personne ne paraissait convaincu, car il fallait encore expliquer pourquoi ce champignon céleste se promenait au-dessus de la tête des gens et comment il s’accrochait.

Autre mystère : le soleil. D’où venait ce feu bienfaisant qui se montrait si féroce l’été alors qu’il faisait chaud et si timide l’hiver, quant on en avait le plus besoin ? Les habitants de Noviangetumn vivaient donc dans la crainte de voir l’astre du jour se mettre à disparaître comme l’astre de nuit, ce qui, hélas, se produisait parfois (à chaque terrifiante éclipse). Bien sûr, à l’intérieur des huttes, de grands feux étaient entretenus sous les marmites pansues. Mais par les nuits sans lune, la campagne alentour paraissait immense et hostile malgré les miettes de lune éparpillées que sont les étoiles et qui ne suffisaient pas à la remplacer.

- Par Toutatis, que deviendrions-nous sans soleil et sans lune, dans la nuit noire ?"

**

Un jour, un Noviangetumnois plus futé que les autres suggéra de se rendre à l’endroit où le soleil surgissait de terre chaque matin, là-bas, vers l’est, dans le but d’en attraper un morceau. Il suffirait ensuite de grimper au plus haut sapin et de lancer la lumière solaire ainsi capturée pour ré-ensemencer le ciel. Ce serait plus facile que de dérober un fragment de lune car pour cela, il aurait fallu voyager jusqu’au bout de la nuit.

Sitôt dit, sitôt fait. On le vit alors partir en direction de l’orient en tête d’une cohorte de chariots transportant de grandes jarres aptes à contenir des fragments de soleil.

Arrivés au bout du plateau, les hommes de l’expédition attendirent le lever du jour. Las! Le soleil brillait encore plus loin. Ils se remirent en marche, et sans doute cherchent-ils encore, car on ne les a jamais revus.

Or, ne voilà-t-il pas qu’un soir de pleine lune, on entendit de grands cris du côté de la cabane du forgeron. C’était la femme de cet artisan qui criait :

- Venez, venez voir!! Elle est là!"

Tout le monde sortit et se précipita vers la mare où le forgeron avait l’habitude de faire tremper le fer chauffé à blanc. La bouche de tous les Noviangetumnois s’arrondit d’extase : c’était vrai, la lune était là! Au milieu de l’eau, elle luisait doucement. Un morceau de lune tombé ici sans qu’on sache comment avait repoussé dans l’Oise !

- Ah, cette fois elle ne nous échappera pas !!"

Le forgeron, tout pénétré de son importance, déclara à tout un chacun que ce miracle ne l’étonnait pas: le Dieu protecteur des forgerons n’était-il pas le grand Lug, esprit de la lumière ? Et lui-même n’était-il pas le meilleur et le plus scrupuleux des ouvriers?

Nul n’en doutait. Pensez si on le félicita ; restait à repêcher ce morceau de lune bien tentant.

On alla quérir un grand seau qu’on attacha à une corde, et hop ! le plus âgé et le plus jeune du village le lancèrent au milieu de la mare où il atterrit avec un grand plouf. On hala le seau. Las! Il était vide! Rien qu’un peu d’eau boueuse qui n’éclairait rien du tout ...

Tandis que tout le monde se penchait au dessus du récipient pour mieux voir et se lamenter, la surface de l’Oise reprit sa tranquillité et la bouture de lune se remit à luire dans toute sa splendeur.

On recommença l’opération, mais en vain. La lune semblait narguer ses adversaires. Ce fut à chaque fois un beau concert de lamentations, de regrets, de remue-ménage auxquels répondirent bientôt les grognements des cochons dans l’enclos du forgeron, que le bruit avait réveillés ...

(À suivre)

18 novembre 2016

Les pêcheurs de lune (2)

Tandis que tout le monde se penchait au dessus du récipient pour mieux voir et se lamenter, la surface de l’Oise reprit sa tranquillité et la bouture de lune se remit à luire dans toute sa splendeur. On recommença l’opération, mais en vain. La lune semblait narguer ses adversaires. Ce fut à chaque fois un beau concert de lamentations, de regrets, de remue-ménage auxquels répondirent bientôt les grognements des cochons dans l’enclos du forgeron, que le bruit avait réveillés...

- Ils ont l'air d'avoir faim tes porcs, tu ne les nourris donc jamais?

- Si je les nourris ? Ils mangent mieux que toi, par Toutatis ! La lune est dans ma mare et je te prie de me parler sur un autre ton!!

- Alors pourquoi crient-ils ?

- Mes cochons crient parce qu’ils ont l’habitude de manger quand ils ne dorment pas. Ils mangent ou ils dorment, voilà ce qu’ils font mes cochons !

- Alors va les nourrir ! Leurs cris nous empêchent de nous concentrer et la lune doit être pêchée avant le jour !

La forgeronne en haussant les épaules retourna à sa cabane chercher un sac de son. Mais au lieu de se diriger vers l’enclos, elle revint vers la mare en s’écriant :

- Je crois que j’ai une idée! Par Lug, vous avez sacrément de la chance de m’avoir dans le village!

Et la voilà qui répand le son à toute volée sur la surface de l’eau aussi loin qu’elle peut.

- Va à l’enclos, dit-elle à son mari, et ramène-moi une grosse truie! La plus grosse !!

- La plus grosse? Pourquoi faire, ô ma femme?

- J’ai dit la plus grosse parce qu’il me faut la plus grosse! Réfléchis, homme de peu de cervelle, il me faut celle qui a le plus gros estomac! Ah! Tu peux te réjouir de m’avoir pour femme car tu vas voir ce que tu vas voir!

Le forgeron ramena une truie avec un ventre comme une barrique. La femme défit la corde du seau et l’attacha, bien serrée par un bout, à la queue de la bête.

- Aidez-moi à la pousser vers la mare, ordonna-t-elle à la foule subjuguée. Et mettez-lui le nez dedans !

La surface de l’eau sentait le son. La truie, alléchée, se mit à patauger tant et tant, et elle se régalait, elle se régalait …

- Elle mange! Elle mange! Ça y est!! Elle l’a avalée!

En effet, dans l’eau brouillée, l’image de la lune avait complètement disparu. Si vous aviez vu les gens se congratuler et laisser exploser leur joie! Seule la forgeronne gardait la tête froide.

- Maintenant, ordonna-t-elle, que les hommes les plus forts tirent sur la corde pour ramener la cochonne.

On tira, on tira. Han! han! La truie, le groin dans la vase, poussait des hurlements désespérés et se débattait, se débattait.. Dans la fange liquide qu’était devenue la mare, plus trace de lune… À vrai dire, plus trace d’eau non plus …

- La gourmande n’en a pas laissé un seul morceau!

Chacun, extasié malgré l’aspect rebutant de la bête, voulait toucher ce boueux instrument du miracle.

- Mais comment va-t-on récupérer la lune maintenant?

La forgeronne toisa l’impudent :

- Comment, on ?? C’est moi qui vais récupérer la lune qui était dans ma mare et que ma truie a avalé! Je ne veux plus personne autour de moi! Allez, ouste!

La superbe rentra chez elle avec sa truie et mit tout le monde à la porte. Elle ordonna à son mari d’aiguiser un grand couteau et d’apporter du bois pour relancer le feu, car on n’y voyait goutte.

- Je devais la sacrifier la semaine prochaine, ça tombe bien. Aide-moi, mon homme! Nous appellerons les autres quand nous aurons terminé.

Devant la cabane close, la foule navrée attendait en retenant son souffle.

On entendit des cris perçants.

- C’est la truie qu’on égorge ! expliqua celui qui avait collé son oreille à la porte.

Puis des éclats de voix.

- La forgeronne dit qu’il faut ouvrir l’estomac. Le forgeron proteste qu’il est fatigué. La forgeronne le traite de paresseux.

Un silence.

- Ils ouvrent l’estomac.

Des bruits sourds.

- Ils le mettent dans un plat.

Un silence.

- …

Un long silence.

- …

Un bruit de claques.

- Le forgeron gifle sa femme.

Un gros boum.

- La forgeronne casse un pot sur la tête de son mari.

Un très gros boum.

- C’est le plat qui tombe.

Un silence. Un grésillement. Un très long silence. Une exclamation. Un éclat de rire. Des bruits non identifiés.

- Ils cherchent quelque chose.

La porte s’entrouvrit. La forgeronne parut, un couteau à la main.

- Allez me chercher un fuseau avec un très long fil de laine !

On alla chercher le fuseau. La porte se referma.

- Par Bélénos, elle va pendre son mari !

- Ou lui couper la tête !

La porte s’entrouvrit de nouveau. Le forgeron parut.

- Ouf ! Il vit encore !

- Que chacun apporte un petit pot en terre !

Chacun alla chercher un petit pot. La porte se referma.

- Et la lune ? Où est la lune ?

- La lu-mière !! La lu-mière !!!!

Enfin, la porte s’ouvrit toute grande sur la hutte illuminée. Miracle !

- Elle est là la lumière, imbéciles!

Devant le foyer, bien alignés, les petits pots abritaient une flamme vive. Pas un coin de la cabane n’était restée dans l’ombre. Jamais, même en plein jour, on n’avait si bien vu à l’intérieur d’une maison dont la porte étroite et les fenêtres minuscules laissaient entrer plus de froid que de soleil…

Solennellement, la forgeronne remit à chacun son lumignon.

- Voici, dit-elle, la lumière que nous avons trouvée.

Quand on se fut bien réjoui et qu’on eut bien félicité la futée, quelqu’un osa demander :

- Mais comment avez-vous donc fait? Et pourquoi le fuseau de laine et le couteau?

- Le couteau, expliqua la forgeronne, c’était pour couper la laine en petits morceaux. Chaque morceau trempe dans la graisse de chaque petit pot.

- Mais la lune? La lune que la truie a avalée?

- Ce que vous êtes bêtes! dit la forgeronne. Quand nous avons ouvert la truie nous n’avons rien trouvé!

- Alors j’ai giflé ma femme.

- Alors j’ai giflé mon mari.

- Alors j’ai re-giflé ma femme, et son fuseau de laine est tombé dans la bassine de lard, la bassine est tombée dans le feu, le feu a pris à la laine imprégnée de graisse et cela s’est mis à brûler lentement et à donner une lumière douce comme celle de la lune…

- Alors nous avons fait fondre toute la graisse que nous avons mis dans chacun de vos pots avec une mèche de laine, et par une branche enflammée nous les avons tous allumés. Voilà. Maintenant grâce à ces petits pots de lumière nous n’avons plus besoin d’attraper la lune. Ah lala, vous pouvez bien tous nous remercier…

En vérité, la truie avait-elle avalé la lune ? Nul ne saurait le dire. L’important n’était-il pas d’avoir trouvé la lumière ? Plus jamais on ne la perdit, et plus jamais on n’eut besoin de jeter des porcs dans la rivière...

cochon

22 octobre 2016

La francisque

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La francisque était une arme redoutable. Les Francs, paraît-il, ne rataient jamais leur cible.. Il valait mieux être leur chouchou que leur ennemi ;-)

Belle journée à vous!

13 décembre 2016

St-Clair-sur-Epte

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