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Ma nature profonde..

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Ma nature profonde..
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1 mai 2017

Des morceaux d'étoffe de toutes les couleurs

On offre du muguet le 1er mai à ceux qu’on aime depuis le XVIe siècle. Mais le muguet n'est pas seulement un porte-bonheur: il symbolise aussi les rencontres amoureuses. D’ailleurs, au temps de nos aïeux, les jeunes filles toutes de blanc vêtues et les jeunes gens, brin de muguet à la boutonnière, se rendaient à ce qu’on appelait "les bals du muguet", où ils avaient exceptionnellement la "permission de minuit" car ils espéraient bien ne pas rentrer "le coeur vide". Mais en quoi cette petite fleur blanche peut-elle bien symboliser les rencontres amoureuses ? Pour le savoir, je vous emmène une fois encore chez nos ancêtres les Celtes, où je vais vous parler d’une de leurs fêtes: Beltaine.

Beltaine est en quelque sorte le pendant de Samaïn, puisqu'elle se célèbre à la date opposée (vous vous rappelez que chez les Celtes il n'y a que deux saisons, la sombre et la claire). La fête de Beltaine débutait la nuit du 30 avril au 1er mai, qu'on appelle aussi la nuit de Walpurgis ou nuit des Sorcières. C'est la célébration du passage de l’hiver à l’été, le moment où les fées (ou sorcières, suivant votre façon de voir les choses) sortent de leur long sommeil hivernal pour repeindre les fleurs de couleurs vives et raviver leur parfum. Tout comme à Samaïn, pendant Beltaine la frontière entre le monde des Morts et celui des Vivants n’existe plus, sauf que ce ne sont pas les morts qui sont célébrés ici, mais bel et bien les vivants et surtout, oserais-je dire, l'art et la manière de donner la vie..

 beltain russie

Beltaine est donc une célébration extrêmement joyeuse : on fête le renouveau de la nature, le retour de la chaleur et la magie amoureuse et sexuelle. C’est pour ça que l'Église y a vu tout de suite la griffe de Satan: joie débridée, ivresse et enlacements sensuels dans la nuit complice dédiés au Dieu Bélénos qui, comme l’on sait, s’est accouplé avec la grande déesse Walpurgis la nuit du 30 avril au 1er mai (ce qui ne lui a pas porté chance puisqu’il en est mort, non sans lui avoir auparavant donné un fils dans lequel il s’est empressé de se réincarner).

festival edimbourgh

Pour fêter Beltaine, les Druides allumaient des feux au sommet des collines en prononçant des incantations magiques dans le but d’attirer le Soleil et d'éloigner définitivement le froid de l'hiver. Le bois que l'on brûlait pour les bûchers de Beltaine provenait de huit arbres différents, considérés comme sacrés : le sorbier, le chêne, le noisetier, le bouleau, l'aubépine, le sureau, l'if et le genévrier.

Deux brasiers étaient allumés l'un en face de l'autre afin de pouvoir faire passer le bétail au milieu et d’ainsi, par la puissance du feu, bénir les bêtes, les protéger des maladies, grâce à quoi elles donneraient un lait abondant et de la bonne viande. De la même façon, garçons et filles de tous âges y passaient aussi pour se purifier.

Les maisons étaient décorées de fleurs en abondance, principalement de muguet puisqu’il s’agit de la fleur de mai, on en tressait des couronnes dont les filles se coiffaient. On allumait de l’encens que l’on perchait haut sur les branches des arbres pour symboliser l'ascension de la lumière. On dispersait des plumes, symbole de l’Air, et des pétales de fleurs un peu partout.

Tous, jeunes et vieux, dansaient autour des feux pour encourager la fertilité de la nature, protéger leur santé et leur prospérité. Ceux qui voulaient s'unir se prenaient la main et sautaient ensemble par dessus les braises du grand bûcher, geste qui équivalait à des fiançailles.

Beltane Edinburgh 2010

Beltane+Fire+Society

Comme je vous l’ai dit plus haut, cette fête de la Joie et de la Lumière était la consécration du partage et de la communion entre hommes et femmes. Celles qui avaient un partenaire s'éloignaient à la fin de la fête pour faire l'amour dans le but noble et désintéressé de renforcer la Fertilité de la Nature, et si elles n’en avaient pas, elles en trouvaient un sur place. Un genre d'offrande, en quelque sorte.

festival beltain

Les femmes celtes en effet pouvaient librement fixer leur choix sur un homme. Elles détenaient un pouvoir qui semblerait colossal même aux plus féministes d’aujourd’hui. C’était un monde où les femmes étaient toujours respectées, protégées, vénérées, un monde dans lequel les hommes révéraient tout particulièrement le pouvoir qu’elles avaient, que nous avons, de non seulement nous reproduire à l’identique, mais de reproduire aussi du différent: des petits mâles.

De nombreuses druidesses jouaient un grand rôle grâce à leurs facultés de clairvoyance et de magie, notamment en politique. Les femmes celtes pouvaient posséder des biens personnels, choisir leur homme, elles pouvaient divorcer si leur mari outrepassait ses droits, et, en cas d'abandon de l'homme suborneur, elles avaient la possibilité de réclamer une forte indemnité. Elles pouvaient même régner. Les femmes celtes étaient reines de ce monde, que d’ailleurs on appelait "Terre des Femmes".

Je vous vois froncer les sourcils.. Ce n’est pas que la Femme était considérée "supérieure" à l’Homme, non-non pas du tout !! Tout simplement, les Celtes se considéraient comme des êtres spirituels avant tout, et le monde dans lequel ils vivaient, notre Terre, était pour eux un monde régi par un principe féminin omniprésent : Dana, la déesse-mère.

rousse 2

Seulement voilà, un jour les Romains ont investi les territoires que peuplaient les Celtes. Et là, ils se sont retrouvés non seulement face à des guerriers farouches et intrépides, mais aussi face à des femmes libres et courageuses qui se battaient pour leurs familles, leurs terres, leur peuple. Et ils se sont mis à avoir peur, très très peur, eux pour qui les femmes n’étaient que des biens mobiliers - c’est bien simple, les Romaines n'avaient même pas de nom... Alors ils n’ont plus eu qu’une idée fixe : détruire la culture celte et la remplacer par le mode de vie romain.

Mais revenons à Beltaine. Pendant qu'hommes et femmes de tous âges se font mutuellement offrande d'amour et de chaleur, les Druides cueillent et consacrent les plantes dont ils auront besoin pour le reste de l’année. Certains, qu'ils soient bardes ou vates, se réunissent dans la forêt des Carnutes pour partager leurs découvertes avec les autres, réunis autour du fameux chaudron rendu célèbre par Obélix et dans lequel mijote un bon breuvage de saison.

Le 1er mai au petit matin, les femmes sortent très tôt pour recueillir la rosée, considérée comme thaumaturge. Elles la conserveront dans de petites fioles et s’en serviront pour purifier et soigner.

Beltaine-Firewalk-2014

Pour la même raison elles recueillent une partie de la cendre des bûchers et l’utiliseront comme médicament, tandis que le reste est répandu dans les champs pour favoriser la croissance des récoltes.

Elles cueillent ensuite des branches d'aubépine, car le matin de Beltaine est le seul moment où on peut le faire sans mettre en colère les fées. Elles en feront sécher les fleurs pour les utiliser dans un but thérapeutique, et tresseront le reste en une guirlande qu’elles accrocheront au-dessus de la porte pour protéger la maison des esprits malveillants. Avec le bois de l’aubépine elles font de l’encens qu'on brûlera à la fête de Beltaine suivante.

Puis elles attachent aux arbres plein de petits morceaux d’étoffe de toutes les couleurs*. À chaque ruban correspond un voeu ou une résolution. En cours d'année, au fur et à mesure que les souhaits se réalisent ou qu'elles atteignent leurs objectifs, elles détacheront le ruban correspondant puis l’enseveliront..

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* De là vient la tradition de l'Arbre de Mai (ou arbre de joie, arbre d'amour ..) toujours vivace dans certaines régions de France et d'Europe occidentale et septentrionale.

De nos jours, la fête de Beltaine donne encore lieu à de grandes réjouissances, notamment au festival d'Edimburgh.

 

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19 mars 2017

Le désir que j'ai de toi

cuivre

 

Nous sommes en l’an 48 de notre ère, à Rome la Magnifique. Dans le palais de l’empereur Claude, on est en train de célébrer les noces de Marcus Alexander avec une petite fille qui n’a pas 13 ans. Cette jeune Romaine est la fille d’Agrippa, lui-même petit-fils d’Hérode-le-Grand.

Vous avez entendu parler de la mise à mort à Bethléem, à l’annonce de la naissance du "roi des Juifs", de tous les bébés garçons de moins de deux ans ? Eh bien c’est lui, c’est Hérode. Hérode aussi qui fait assassiner une de ses épouses, puis la mère d‘icelle, puis encore un de ses propres fils, le père d’Agrippa justement, alors que ce dernier n’a que trois ans.

Bref, la vie d’Hérode est jalonnée de trophées sanglants, et au cas où ça ne suffirait pas, il ordonne qu’au moment de sa mort on massacre les docteurs pharisiens "pour être sûr que les Juifs pleurent lorsqu’il mourra". Délicieux personnage.

Mais bref, revenons à la toute belle Bérénice, puisque c’est d’elle dont il s’agit. Pour reine de Palestine qu’elle deviendra, Bérénice n’en est pas moins femme, et femme romaine, qui plus est. À ce titre, elle n’a aucun droit. À Rome, la condition féminine se rapproche assez de celle de l'esclave... La femme reste une éternelle mineure, soumise d'abord à la tutelle du père, puis du mari, retombant sous celle des frères en cas de veuvage. Le mari a tous les droits sur elle, y compris le droit de mort. De plus, bien que l’âge légal de mariage soit de douze ans, il n’est pas rare que dès sept ans, la fillette soit fiancée et conduite aussitôt dans la maison du futur avec un titre équivalent à celui d'épouse, ce qui la met à la disposition du fiancé auquel il appartient seul de consacrer définitivement l'union. Sauf que, contrairement aux Grecques mariées après la puberté, les Romaines subissent une défloration précoce qui les fait vivre dans la terreur de leur mari, la consommation brutale étant une réalité courante que Néron, d’ailleurs, lors de la fête de ses noces homosexuelles, singera en imitant les cris et hurlements des jeunes vierges... Pauvres Romaines ! Elles n’ont rien à envier à leurs sœurs franques..

À la suite de ce premier mariage, Bérénice séjourne à Alexandrie jusqu’à la mort de son époux. Son père la donne ensuite à Hérode de Chalcis qui se trouve être son oncle, ce qui ne l’empêche pas de lui faire deux garçons.

Lorsqu’elle se retrouve veuve pour la seconde fois (elle n’a pas 20 ans), l’empereur Claude nomme le frère de Bérénice, Agrippa II, roi à la place de l’oncle défunt. Bérénice revient alors à Jérusalem auprès de son frère pour y tenir le rôle de reine, mais à cause des rumeurs d’inceste qui circulent à leur sujet, elle est mariée pour la troisième fois à Marcus Antonius.

C’est à cette période qu’elle devient la maîtresse de Titus, alors qu’avec ses légions il tente d’éradiquer toute résistance en Galilée. Leur liaison, que la tragédie de Racine immortalisera, va durer plus de dix ans.

Bérénice se souvient d'un chant d'amour accompagné de la cithare et de la double flûte :

"Non, je ne renoncerai pas à toi,

même si l’on me chassait à travers les déserts avec des épées.

Non, je n’écouterai pas ceux qui me disent

de repousser le désir que j’ai de toi".

Un chant qu’un jour, plus tard, bien plus tard, quand Titus sera devenu empereur, Bérénice croira reconnaître. Un chant dont la dernière phrase lui donne envie de pleurer. Cette phrase, il lui semble qu’elle la connaît depuis toujours : Non, je n’écouterai pas ceux qui me disent de repousser le désir que j’ai de toi...

Elle a entendu ces mots-là, il y a longtemps. Elle en est sûre.

Enfin, presque sûre.

Son cœur se serre d'un chagrin très ancien, ce chagrin aussi vieux qu’elle et qui toujours la submerge... “ Le désir que j’ai de toi...”

 

Titus reginam Berenicen statim ab Urbe dimisit invitus invitam.


(Aussitôt, Titus éloigna la reine Bérénice de Rome malgré lui et malgré elle.)

Suétone

4 mars 2017

Une vie facile et peu laborieuse

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À Paris, un jour de février 1828, un petit bébé d’un peu plus d’un mois est déposé devant l’Hôpital des Enfans Trouvés. Grâce au bon Saint Vincent de Paul en effet, les enfants abandonnés dans Paris sont accueillis depuis 1638 dans ce qui allait devenir la très importante Maison de la Couche, qu’on appellerait bien plus tard l’Assistance Publique. Souvent, l’enfant était exposé en pleine rue, généralement à la porte d’une église ou d’une maison particulière. Cette pratique, qui mettait en danger la vie du nourrisson, était sévèrement sanctionnée par la loi, mais se perpétua pourtant toujours, malgré l’institution d’un tour à la porte principale de l’Hôpital dès 1774. 

Qu'est-ce qu'un tour? Il s'agissait d'une sorte d’armoire cylindrique tournant sur pivot et dans laquelle on pouvait mettre l’enfant tout en préservant son anonymat puisque la religieuse qui était chargée, à l’intérieur, de le recueillir, ne pouvait pas voir ce qui se passait dehors. La personne qui venait déposer l'enfant tirait une sonnette et s'éloignait furtivement. Le tour était un système fort ancien, puisqu’on peut faire remonter son origine à la fin du XIIe siècle, mais il avait l’inconvénient de ne pouvoir servir que pour les bébés, sinon des accidents pouvaient se produire quand on le faisait pivoter.

Or donc, en ce 18 février 1828, on trouve dans la mousseline brodée qui enveloppe le petit garçon, divers renseignements qui ont été notés par sa mère (la mousseline brodée est le premier des renseignements : l’enfant est issu d’une riche et noble famille). En effet, à part les femmes dites légères, les mères n’abandonnaient jamais de gaieté de cœur leur bébé : beaucoup y étaient contraintes sous la pression des interdits moraux et sociaux. Encore au XIXe siècle, la mère célibataire et l’enfant naturel étaient des sujets de mépris et de honte, rejetés par leur famille et par la société.

C’est le cas de Louise Boucherau-Demaineville, justement parce qu’elle est noble. Louise prend soin néanmoins de faire savoir que son fils, qu’elle a appelé Louis Edmond, est né d’elle le 5 janvier passé. Peut-être a-t-elle l’espoir de venir le rechercher plus tard.

Comme c’est l’usage, la première chose que l’on fait est de baptiser Louis, puisqu’aucune mention de son baptême n’a été trouvée sur lui. En même temps, ce 19 février 1828, on lui attribue le surnom Sintar. Le surnom se référait par exemple au lieu où l’enfant avait été déposé (sous un pont = Dupont, dans un parc = Duparc), au nom du Saint du jour ou encore à un signe particulier (teint pâle = Leclair; air sauvageon = Sauvage; etc).

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Malgré l’espoir que Louise avait qu’au moins à l’Hôpital des Enfants Trouvés son bébé serait protégé, en réalité, la mortalité infantile à cette époque était effroyable. En effet on ignorait les plus élémentaires règles d’hygiène, et les connaissances de la médecine étaient bien maigres. De plus, à l’Hôpital, les enfants étaient souvent sous-alimentés. Les biberons existaient depuis longtemps, mais on ignorait la stérilisation et les laits de synthèse, aussi les risques d’intoxication étaient-ils grands. L’allaitement était le moyen le plus sûr, mais les nourrices qui acceptaient de rester à l’Hôpital étaient rares et de ce fait, on leur confiait plusieurs enfants à nourrir en même temps. Les deux tiers des bébés abandonnés de Paris mouraient avant le premier mois de leur séjour.. À l’origine, les enfants trouvés étaient censés être reçus, nourris et élevés sur place, même si dès 1774 on encourageait les particuliers à se charger gratuitement d’un enfant, en échange de quoi, on assurait que le mari de la nourrice serait exempté de corvée (c’était un impôt) et que l’un de ses fils serait dispensé du Service dans les régiments provinciaux. En réalité, bien peu de particuliers acceptaient cette charge. On peut donc considérer que, malgré le grand désarroi qui avait entouré sa venue au monde, Louis Boucherau-Demaineville avait eu de la chance, car, dès le 20 février, on le confia à Pétronille Lorthiois et Louis Lancelle, un couple marié qui ne pouvait pas avoir d’enfant (quand on sait que ce couple s'était marié le 5 janvier 1814, c'est-à-dire quatorze ans précisément avant la naissance de Louis, on se dit qu'il était prédestiné pour le recevoir !). Ce couple habitait à Rumegis, à une trentaine de kilomètres au-dessus de Lille dans le département du Nord.

La plupart des enfants étaient confiés à des parents nourriciers car on pensait que "leur séjour prolongé à l’Hospice leur était nuisible à tous égards : nuisible au point de vue de la santé, de l’éducation physique, et de leur avenir. Un tel séjour gâterait les enfants", disait-on, "en raison de la vie facile et peu laborieuse qu’on menait dans les orphelinats (**) et plus tard ils se trouveraient fort peu armés pour lutter contre les difficultés de la vie".

Les enfants étaient placés, de préférence, chez des cultivateurs, parce qu’on croyait qu’élevés à la campagne, ils devenaient plus forts et plus intelligents que les enfants restés dans les villes, et étaient donc plus à même de gagner leur vie lorsqu’ils atteignaient leur douzième année. Une autre raison c’est que le travail de la terre, contrairement aux activités artisanales et industrielles, ne nécessitait pas un long apprentissage et que l’enfant pouvait commencer très jeune à gagner sa vie. De plus, les pouvoirs publics, effrayés par l’exode rural qui vidait lentement mais inexorablement les campagnes, voyaient là un palliatif.

Le 20 février 1828, le petit Louis quitta donc Paris à bord d’une charrette garnie de paille neuve, avec plusieurs autres bébés entassés à ses côtés qui allaient eux aussi être placés dans quelque foyer du nord de la France. Cette voiture fort inconfortable était conduite par ce qu’on nommait alors un "meneur d’enfants".

Louis grandit à Rumegis chez ses parents adoptifs, à 15 kms du Royaume de la Belgique dont le village était séparé par l’Elnon, rivière domaniale dans laquelle se jetaient les cinq cours d’eau qui traversaient Rumegis.

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(**) Une petite idée de la vie "facile et peu laborieuse" des enfants à l’orphelinat?

Les journées se déroulaient dans un cadre triste, toujours de même manière : les enfants, qui étaient répartis en dortoirs, devaient se lever à 6 heures en hiver (c’est-à-dire du premier octobre au premier avril), et à 5 heures le reste de l’année. Leur emploi du temps était marqué par les heures des prières et des repas, qui se déroulaient dans deux réfectoires séparant les garçons des filles, et égayé par les récréations (une heure après le déjeuner, une demi-heure après dîner). En dehors de ces moments les enfants étaient occupés par deux types d’activités : leur formation intellectuelle, qui se réduisait à quelques rudiments d’instruction religieuse, de lecture, d’écriture et de calcul et d’autre part des travaux manuels, de jardinage, de cordonnerie, de tissage et de filature. Les filles étaient progressivement initiées à des travaux de tricotage, de couture, de raccommodage, puis au repassage, au soin et à la propreté des enfants, à la cuisine, etc ..

Dès l’âge le plus tendre on les employait à des travaux manuels pour qu’ils soient capables de gagner leur vie.

La journée se terminait par le coucher à 8 heures en été et à 7 heures en hiver. Le règlement précisait que les religieuses qui encadraient les enfants les entretiendraient dans la soumission. Le choix du mode et de la distribution des peines et récompenses leur appartenait : ces peines pouvaient se borner à quelques privations de récréation mais les religieuses pouvaient aussi mettre les enfants aux arrêts ou encore leur faire subir une mortification.

Les dimanches, jeudis et jours de fête, les enfants étaient conduits en promenade après le déjeuner.

À 14 ans ils étaient jugés aptes à voler de leurs propres ailes et devaient aller travailler à l’extérieur, l’Hospice estimant sa mission remplie...

21 février 2017

La vie au XVIIIe siècle (1)

maison 17

Au XVIIIe siècle, la religion était omniprésente dans la vie des gens. Tout le monde était croyant et on allait à l’Église tous les dimanches. Il était d’ailleurs interdit de servir à boire dans les tavernes à l’heure de la messe, sous peine d’avoir une amende (pour ne pas que les hommes aillent boire au lieu d’assister à l’office).

Pour dire où habitaient les gens, on ne disait pas "dans telle ville", on disait "il est de telle paroisse", puisque c’est là que tous les gens d’un même village et des petits bourgs avoisinants se rassemblaient.

Chaque village se composait du même type de population :

- le seigneur dans son manoir, sa famille et ses valets et servantes ;

- le curé ; le juge ; le notaire ;

- le maître d’école qui était un clerc laïque ; il sonnait les cloches à l’Église, l’entretenait en échange de dix sous par an de la part des familles, tenait avec le curé les registres d’état-civil (baptême, mariage, décès) et faisait l’école aux enfants dans une pièce de sa maison.

En réalité, peu d’enfants allaient à l’école, car on avait besoin d’eux pour travailler. Le maître d’école était donc obligé de s’embaucher comme journalier pour gagner un peu mieux sa vie.

Il y avait encore dans le village : les laboureurs, le maréchal, le boulanger, le meunier, les maçons et les fileuses.

La famille d’alors formait sous l’autorité du père puis du fils aîné (puisqu’existait encore le droit d'aînesse), un bloc où tout était commun. Souvent, ils vivaient tous ensemble dans la même maison, et l’aîné soutenait et secourait ses cadets dans le besoin.

Comment était la maison d’alors ?

Rien à voir avec les logements actuels. Elle était souvent formée d’une seule pièce et de quelques petits réduits. Près de la cheminée, de grands lits car les gens dormaient ensemble pour se tenir chaud. Le fauteuil du père de famille, la huche à sel (on se servait du sel pour conserver les aliments) et les coffres qui servaient d’armoires et de sièges composaient le mobilier.

Les gens travaillaient tout le jour et ne rentraient chez eux que pour manger et dormir.

De quoi se nourrissaient-ils ?

De pain et de soupe, le premier étant souvent trempé dans la seconde. En plus d'être un symbole religieux évident, le pain est tout simplement la calorie la moins coûteuse du temps. Il suffit de constater la floraison des "émotions populaires" comme on disait, dès qu'il se raréfie et que son prix monte, pour prendre la mesure de son importance (encore en 1789). Or cet aliment pouvait absorber jusqu'à la moitié des dépenses annuelles d'une famille ! Plus volontiers fait de seigle, froment ou sarrasin que de blé, il ressemble également bien peu à notre léger pain blanc, apanage de ceux qui ont de l'argent. D'ailleurs celui-ci n'est d'aucun intérêt, car il ne tient pas assez au corps. Or c'est justement ce qu’on attend du pain : un adulte en avale trois livres au moins par jour de manière à supporter sa journée de travail. Les plus aisés peuvent le produire chez eux, car ils possèdent leur propre four à pain, tandis que les pauvres (la plupart) le cuisent au four communal ou seigneurial (bien sûr payant).

On commence à goûter de la bouillie de maïs, mais on ne mange pas de pommes de terre que l’on trouve juste bonnes pour les cochons. L'Église ne l'appelle-t-elle pas "la plante du diable", parce qu'elle pousse sous terre ? Résultat, il faut attendre Louis XVI et un certain Parmentier pour que la tubercule soit adoptée sereinement en France, donc très tard. Elle aurait pu rendre d'éminents services bien avant ! Il en est de même pour les tomates que l’on croyait empoisonnées, et que l’on a commencé à manger seulement vers 1825.

Donc, le pain est couplé avec de la soupe, plus faite de racines et de pois que de carottes et de navets, car ces derniers, on les vend. On mange avec une cuillère, la fourchette restant rare et n’ayant que deux ou trois dents.

La viande, surtout rouge, est absente des repas, on la réserve pour quelques fêtes importantes. (Je ne parle que des pauvres, évidemment. Le Roi et sa Cour en consommaient beaucoup et se servaient d’une tranche de pain comme d’une assiette).

En dessert on peut consommer quelques mauvais fruits (les bons étant vendus), le reste de fromage (même commentaire), voire un peu de miel. Les plus nantis commencent à manger des fraises, car un certain Fraizier, sous Louis XIV, a ramené des plants du Chili (ces plants de fraises croisés avec celles qui poussent déjà en nos contrées donneront les fruits dont nous nous régalons maintenant).

Le sucre était encore utilisé uniquement comme remède, et il a fallu attendre bien des années encore pour goûter des bonbons et autres friandises...

 

17 février 2017

Petite histoire du pain

pains

Quelques mots de ce produit qui fut longtemps l'aliment fondamental de nos ancêtres.

Tout d’abord, je voudrais préciser qu’au Moyen Âge (10e-13e siècle), la société était organisée en un système que l’on appelait féodal, et qui consistait pour un seigneur à être maître sur ses terres, sur lesquelles travaillaient les paysans et les artisans en échange de pouvoir y vivre et y être protégés.

Le seigneur mettait donc à disposition un certain nombre de choses, comme le moulin et le pressoir, mais avant tout le four à pain, qu’il se devait d’entretenir. En échange, les habitants de la seigneurie devaient utiliser uniquement ce four mais en plus, ils versaient une sorte d’impôt pour cela, qu’on appelait les banalités (c’est pour ça qu’on dit : un four banal, un moulin banal, etc).

vieux moulin normand

Vieux moulin normand

Un peu plus tard, la plupart des fermes avait son propre four à pain, et quand ce n’était pas le cas, il y avait toujours celui du voisin à disposition, car l’entraide n’était pas un vain mot.

Ce système de privilèges féodaux a été aboli le 4 août 1789, au cours de la Révolution Française.

Le pain, donc, était l’unique nourriture des gens au XVIIIe siècle.

L'homme médiéval connaissait pratiquement toutes nos céréales : le millet, le mil, l’orge qui ont été utilisés avant le blé (le mot blé est un terme générique qui désigne plusieurs céréales comme le froment et l’épeautre). L'avoine servait de fourrage au bétail mais les pauvres en consommaient beaucoup. Le seigle était à l'origine une mauvaise herbe se mêlant à l'orge et au blé. Puis le blé  ayant une excellente panification éclipsa vite toutes les autres céréales. C'est la seule avec le riz (importé d’Espagne ou d’Italie) que l’on trouve sur les tables de la noblesse.

La farine constituait au Moyen-Âge un aliment incontournable pour la fabrication du pain. En campagne c'était un pain lourd à base de méteil (mélange de céréales) ou d'avoine, d'orge ou d'épeautre : le "gris" pour le maître et le "noir" pour les valets.

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Le pain tranchoir servant d'assiette était fait de méteil et légèrement rassis. Le pain de froment (blanc et tendre) se trouvait chez les plus riches. C’est ce pain-là qui sera adopté pour tout le monde au moment de la Révolution Française de 1789, sous le nom de "pain-égalité".

Quand les récoltes étaient bonnes, on pouvait donc trouver plus d'une trentaine de pains différents par leur forme ou leur composition. Le "pain de soy", aussi appelé "pain bis" (fait de couches superposées de seigle et de froment) était le plus médiocre. Existait aussi le "pain raté", ce qui veut dire entamé par les rats, qu’on vendait aux plus pauvres ..

combined1215Un pain bis de neuf livres, c’est-à-dire 4 kgs et demi, coûtait 8 sols, soit plus de la moitié de ce que gagnait un manœuvre par jour ouvrable, puisqu’il touchait 13 sols.

Au moment où couve la Révolution, ce n’est donc pas le manque, mais le prix du pain qui en est l'un des facteurs : seuls les nantis des villes peuvent s'acheter du pain de bonne qualité.

En boulangerie, une nouveauté apparaît : l'ajout de sel dans la pâte, jusqu'alors très rare et très cher.

Le 14 juillet 1789, la foule de Paris, en colère, s'empare de la prison de la Bastille, croyant, à tort, y trouver des stocks de blé. En août 1789, une sécheresse prive les moulins d'eau, donc de farine. Le pain devient hors de prix et les spéculateurs sont tués.

En 1792, la Convention n'autorise que le "pain-égalité", grossier, pour les riches comme pour les pauvres. Après la Révolution, toujours au nom de cette égalité, le "pain blanc" de froment devient le pain de tout le monde.

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À la fin du XVIIIe siècle, apparaissent les premiers pétrins mécaniques en bois, tournés à l'aide d'une manivelle. En réalité, ce "pétrin mécanique" avait été inventé il y a bien longtemps par les Romains, qui au IIe siècle avant Jésus-Christ, fabriquaient déjà du pain, aidés par des esclaves grecs ou par un cheval qui actionnaient les meules de pierre afin de moudre le grain, mais cet ancêtre du pétrin mécanique avait été oublié pendant deux mille ans ..

Enfin, au XIXe siècle apparaît la levure de bière pour confectionner des pains plus légers, de forme allongée et pointue : ce sont les premières baguettes.

 

baguettes

 

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31 janvier 2017

Sous le manteau de Brigit

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Dans deux jours la Chandeleur avec sa tradition de se régaler de crêpes ! Mais d'où vient cette coutume à votre avis ?

Pour le savoir, il faut retourner très loin en arrière, chez les Celtes. Eh oui, encore eux !

Comme je vous l’ai déjà dit, pour les Celtes il n’y a que deux saisons, la sombre et la claire, rythmée par quatre grandes fêtes dont la plus importante est indubitablement celle de Samain ("Halloween") qui se déroulait à l’entrée de l’hiver.

Il y avait néanmoins une deuxième fête hivernale, un peu moins importante : Imbolc. Elle était célébrée au début du mois d’Equos (cela correspond approximativement au 2 février). Imbolc est la fête de la lumière, du renouveau, c’est le moment des premières naissances dans le bétail et du retour imminent des beaux jours, symbolisés par les crêpes, ces disques dorés censés représenter le soleil. Les nappes phréatiques se gorgent d’eau, balayant les débris de l'hiver. Les génisses et les brebis commencent à produire le lait nécessaire à leurs petits à naître, les neiges fondent, les perce-neige apparaissent, les graines se préparent à donner naissance aux plantes, annonçant que la vie n'était qu'en gestation dans le ventre nourricier de la Terre.

De fait, Imbolc est une fête essentiellement féminine, maternelle, lunaire. Elle est associée à l’eau et a lieu la nuit. À la différence des autres fêtes où hommes et femmes officient ensemble, le rituel d’Imbolc est mené uniquement par les femmes, en tout cas au début, parce qu’ensuite les hommes sont conviés à les rejoindre pour faire des choses bien peu recommandables (mais indispensables à la survie de l’espèce clin d oeil (2)).

Cette célébration est placée sous la bienveillance de Brigit, la plus grande déesse celtique de tous les temps (elle est aussi connue sous le nom de Dana, et les Gaulois l'appelaient Brigindo).

Mère, épouse, sœur et fille des autres dieux, Brigit est si populaire que l'Église, pour parvenir à évangéliser les Celtes, en fera une sainte, transformant la grande prêtresse Brigit en Sainte Brigitte.

Brigit vient du mot brigantis qui veut dire très haute. On l’associe souvent au chiffre trois (symbole qu’on retrouve dans le Triskell), nombre sacré pour les Celtes, c’est pourquoi Brigit est souvent représentée divisée en trois déesses sœurs : une déesse de la poésie, une déesse de la guérison/du renouveau et une déesse de la forge. Déesse triple par ces symboles, c’est elle qui inspirera l'idée de la Trinité aux Chrétiens.

En plus de la vache et de la brebis, ses animaux totémiques, Brigit est également associée au coq, héros de la journée qui commence, et au serpent, symbole de la régénération et de la fécondité. Du reste, le serpent est un thème omniprésent de la joaillerie celtique, de nombreux torques sont ornés de ce symbole (que l’on retrouve aussi chez la déesse égyptienne Isis ou encore en Kali).

Pour commencer la célébration d’Imbolc, on défile entre les champs avec des chandelles (c’est de ce mot que vient Chandeleur), en appelant ainsi la générosité de la déesse. Un repas consacré a été préparé, au cours duquel des galettes de maïs de la première et de la dernière récoltes sont partagées, ainsi qu’une boisson à base de lait chaud, de miel et de muscade symbolisant l’aspect maternel et nourricier de la divinité.

Les manteaux sont suspendus à l’extérieur des maisons, afin qu’ils reçoivent la bénédiction de Brigit lorsqu’elle circulera dans les rues à la nuit tombée avec sa génisse. Le manteau laissé ainsi bénéficiera d’un peu des pouvoirs guérisseurs de la déesse, lesquels seront à leur maximum après sept années consécutives.

Comme je l’ai dit plus haut, les hommes assistent de loin à la cérémonie : les femmes et les enfants rassemblés pratiquent d’abord ce rituel du Chemin, de l’Ouverture, de la Matrice, en passant entre deux pierres levées après qu’on ait placé huit chandelles émergeant de l’eau et s’être lavé les mains, les pieds et la tête en signe de purification.

poupeeLes jeunes filles nubiles ont fabriqué pour l’occasion une poupée de maïs habillée de blanc, la brideog. Elles ont placé un cristal sur sa poitrine. Cette poupée représentant Brigit est ainsi portée de maison en maison, et les jeunes filles demandent un cadeau en échange de la bénédiction de la déesse. Encore de nos jours, en Écosse, pendant que les jeunes filles fabriquent la poupée, les vieilles femmes fabriquent un petit lit. La veille du festival, on y couche cérémonieusement la poupée.

Les jeunes Celtes ne seront invités à la fête que pour les accouplements rituels qui assureront la naissance de nouvelles âmes, lesquelles remplaceront celles qui ont été perdues au cours des temps froids (ce rite se retrouve au cours de la fête de Beltaine).

croix_brigitLa veille de Imbolc, on fabrique aussi des Croix de Brigit avec des bouts de bois souple, recueilli par la fille aînée de la famille qui doit aller les ramasser pieds nus. Le père fait alors le tour de la maison dans le sens du soleil. Ensuite il rentre dans la maison et tous tressent les "croix" qui, accrochées dans les maisons et les granges, éloigneront les mauvais esprits et les intempéries.

Quelles que soient ces traditions qui perdurent encore en Ecosse et en Irlande et peuvent beaucoup changer d’un village à l’autre, toutes s’articulent autour des mêmes idées : l’hospitalité, la générosité et la fertilité. Ce sont les trois principales caractéristiques de cette déesse pacifique.

C’est une période favorable pour faire naître en soi de nouvelles aspirations qui pourront éclore au printemps. Pourquoi ne pas en profiter pour se remettre en question, faire son ménage intérieur pour que la Lumière repousse nos ténèbres ? C'est le moment où jamais de réfléchir à ce qui aurait besoin d'être renouvelé dans notre vie, ou encore pour guérir une blessure ancienne ou récente.

Il y a bien des légendes au sujet de la déesse Brigit, et par extension, de Sainte Brigitte. On dit par exemple que les fleurs poussaient sous ses pieds où qu'elle aille.

Une autre légende concerne son manteau. Sainte Brigitte aurait demandé au roi de Kildare (Irlande) de lui céder des terres où les moutons auraient pu paître en toute quiétude autour de son couvent. Le roi ayant refusé, Brigit dit alors qu’elle se satisferait de la surface de terres que son manteau pourrait couvrir.

Aussitôt, le roi accepta. Bien entendu, quand le manteau fut jeté à terre, il grandit et grandit jusqu'à couvrir une immense étendue, on aurait dit qu’il allait recouvrir toute l’Irlande !

Depuis, les Irlandais mettent leurs amis "fd bhrat Bhrigide" (="sous le manteau de Brigit").

 

Mes amis, à chacun de vous

je souhaite la sécurité et la chaleur

 

"du manteau de Brigit" !

 

bisoussouffle

 

30 janvier 2017

La vie quotidienne au XVIe siècle

 1 cheminee

À quoi pouvait bien ressembler l’univers quotidien de nos ancêtres dans les années 1500 ? Pour en avoir une idée, venez avec moi à l’intérieur de leur maison, faite de torchis, c’est-à-dire de terre détrempée avec du foin. La charpente y reste apparente. Le toit est de chaume, fait de paille et de joncs.

2

La cheminée est au cœur de la pièce principale. Elle sert à tout : chauffage, fourneau, éclairage. Contrairement à ce que l’on croit peut-être, la cuisine de nos ancêtres est très élaborée. La cheminée sert à tout cuire, les premières poêles directement posées sur le feu donnent un goût de "bois" à tout ce qu’on mange. En guise de "casserole", on a le gros chaudron dont on monte et descend la crémaillère pour régler la température de cuisson.

3 chaudron

Le pain est un élément essentiel de la nourriture : 721 g par jour en 1637 pour à peine 250 g pour le Français moyen d’aujourd’hui.

Au début du Moyen Âge, le four à pain était un privilège de seigneur. Ce dernier était dans l’obligation de l’entretenir et de le mettre à la disposition de tout habitant de la seigneurie; en contrepartie, les habitants ne pouvaient utiliser que ces installations seigneuriales payantes (il y avait aussi le moulin banal et le pressoir banal) dont le seigneur tirait profit en prélevant une taxe, appelée banalité, à chaque utilisation.

Mais petit à petit, la plupart des maisons vont avoir leur propre four à pain (le pain est la base de la nourriture d’alors).

La confection du pain entre dans les attributions de la femme. La veille, elle fait chauffer le four selon une technique élaborée qui doit garantir partout une chaleur uniforme, puis elle met le levain au frais dans un linge et prépare la grande pelle à enfourner. Le lendemain elle pétrit la pâte dans le pétrin. C’est un travail dur et pénible, mais il ne saurait être question d’en appeler au mari. Les pains doivent cuire environ deux heures et ressortir du four "à point" - il y va de son honneur de maîtresse de maison. Ils pèsent entre six et douze livres et se présentent le plus souvent sous forme de larges tourtes qui sécheront et parfois moisiront sur une planche. Une fois "le pain sur la planche", la maîtresse de maison profite du four encore chaud pour y cuire une galette ou un pâté, faisant de ce jour du pain un jour de fête.

À table par contre c’est l’homme qui gère le pain. Il le coupe directement sur la tourte après y avoir tracé une croix avec son couteau (*). C’est lui qui symboliquement donnera un morceau de pain au vagabond ou au mendiant de passage, selon les vieux principes ruraux et religieux de l’hospitalité.

4 couteaux

Dans cette pièce principale se trouve le garde-manger, où l’on garde les aliments "au frais" et à l’abri des animaux domestiques, mais aussi une table avec des bancs, et le lit familial abrité de courtines (un genre de rideaux) (les lits à baldaquins sont réservés aux riches) et sur lequel on dort à plusieurs pour se tenir chaud. Dans un coin de la pièce, une chaise percée qui sert de cabinets.

Avant de passer à table, on se lave les mains. Pourquoi ? Eh bien parce qu’alors, hormis l’habitude prise depuis environ deux siècles de manger la soupe à l’aide d’une cuillère, on mange avec les doigts! La fourchette (**) n’est apparue que tardivement (XVIIe/XVIIIe siècles), et de toutes façons elle a peu de succès : elle est perçue comme un objet satanique représentant la queue fourchue du diable !

5 ecuelles

 écuelles

6 cuillers

cuillères

 7 cuillers

 grandes cuillères pour puiser dans les plats

On se lave donc les mains avant de dire les bénédictions, soit dans un baquet commun pour les plus pauvres, soit à l’appel du serviteur préposé à cette fonction, et qui utilise une aiguière, sorte de cruche à long col et un bassin servant à recueillir l'eau.
Au début du Moyen Âge, la table servant au repas est constituée de tréteaux et d'une planche, et ce jusqu'à la fin du 15ème siècle, époque à laquelle correspond l'apparition de la table "moderne" à quatre pieds. Au début du Moyen Âge toujours, dans les populations rurales où un lieu unique sert à la confection, à la prise des repas et au coucher, il est fréquent que l'on mange sur ses genoux, dans les meilleurs cas sur un petit meuble tenant lieu de rangement ou un coffre et ce n'est que dans les années 1500 qu'apparaît le banc.

Pour l’instant, on mange donc à mains nues en s’aidant d’une pique. On utilise seulement les trois doigts de la main droite car la main gauche porte malheur (c’est en tout cas ce que l’on croit : on mange et on écrit toujours de la main droite, car la main gauche est considérée comme celle du diable !).

8 gobelets

gobelets

Le gobelet ou la coupe à boire est très répandu, présentant un caractère individuel dans les couches les plus aisées, les plus pauvres partageant une coupe pour toute la famille. Les matériaux qui composent cet ustensile sont très variés : du simple bois creusé dans les campagnes au gobelet en étain ou en argent serti de pierres précieuses dans la haute noblesse.

À table, tout le monde garde la tête couverte (on garde même sa coiffe quand on se lave alors que le reste du corps est nu !).

Seuls les seigneurs mangent beaucoup d’espices, comme le safran (plus cher que l’or !) ou la noix de muscade, car la cuisine très épicée est signe de richesse. Avant de servir à manger au seigneur, les cuisiniers reconstituent tout le corps de l’animal : ils remettent la tête, les pattes, et même la peau.

Les paysans, eux, mangent beaucoup de pain, avec des légumes en soupe, des fruits, des laitages (que l’on conserve en faisant du fromage) et quelquefois de la viande (on la garde en la fumant ou en la séchant). Les jours de viande, une tranche de pain rassis (tranchoir) sert d’assiette, celle-ci s’imbibe du jus des plats et on la jette ensuite aux chiens ou aux plus pauvres que soi [comme dans le film des Visiteurs].

maison 17

Après le copieux repas, dès la fin octobre c’est la reprise officielle des veillées. Pour les préparer, jeunes gens et jeunes filles partent en quête de farine, de noix, de pommes, d’huile, de chandelle, etc.

On décide qui abrite la première veillée, ensuite, de jour en jour, on fait le tour des maisons du village pour s’y retrouver et s’y chauffer jusqu’à neuf ou dix heures du soir. Enfin... S’y chauffer est un bien grand mot! La cheminée tire souvent mal et enfume la pièce commune où se tiennent parfois jusqu’à 30 personnes assises en demi-cercle devant le foyer.

Tout près du feu, les vieillards, dont les membres déjà à demi-refroidis n’ont pas peur de s’y brûler, puis les enfants et enfin les adultes qui ont souvent froid dans le dos si on est en hiver, du fait qu’on laisse la porte entrouverte pour que l’atmosphère soit respirable. Voilà sans doute pourquoi ces veillées – que l’on appelle escraignes en Picardie – se font souvent dans les étables où la chaleur animale économise les bûches de la cheminée. Elles ne coûtent alors que le prix de la chandelle, souvent faite par le paysan lui-même.

À la nuit tout le monde arrive. Aussitôt les doigts et les langues vont bon train. Hommes, femmes, vieillards, enfants, chacun travaille à quelque chose : les femmes filent avec leur quenouille, teillent le chanvre, les hommes tressent ou réparent des paniers, on casse des noix, on écosse les haricots, etc.

Tout en travaillant on parle des défunts ou on écoute des histoires, dont les récits sont tour à tour merveilleux ou terrifiants.

On joue au tric trac ou aux osselets, on fait des parties de colin-maillard et des danses pas toujours dénuées d’innocence. Dans les veillées en effet, les jeunes ne se privent pas de "draguer" au vu de tous, car "En telles assemblées, beaucoup d’honnestes familiaritez sont permises" (par exemple, une jeune fille fait tomber son fuseau, un jeune homme se précipite pour le lui ramasser et, le lui rendant, réclame un baiser en échange ..).

Comme je vous le raconterai par la suite, autrefois on "s’essayait" avant de s’unir pour la vie!

Après avoir bien mangé vient le moment d’aller dormir. En ces temps lointains on dort à moitié assis ! En effet nos ancêtres, très superstitieux, ont une peur terrible que le diable vienne les emporter pendant leur sommeil. Pour eux, la position allongée est celle des morts : alors ils ne s’allongent jamais complètement, surtout que dans cette position ils ont l’impression d’offrir leurs narines au diable ! Ils craignent aussi que le diable vienne prendre leur âme pendant qu’ils dorment ..

Une autre raison au fait de dormir assis concerne les seigneurs qui mangent très épicé : leur digestion est ainsi moins difficile !

À cette époque, seuls les riches ont plusieurs lits. Pour les autres, on dort à plusieurs, et lorsque les enfants ne dorment pas avec les parents ils s’étendent sur une paillasse recouverte d’un gros drap de chanvre. À dormir à sept ou huit on se tient chaud ! L’été par contre, en guise de climatisation des draps mouillés au prélable sont suspendus aux murs pour rafraîchir la pièce!

 

(*) On se sert du couteau depuis le début de l’an 1000, c’est un objet rare et personnel. Les hommes qui en ont le gardent toujours sur eux.

couteau03

Dans les riches familles, un écuyer est spécialement formé à l'art de couper les viandes et divers mets (on l'appelle l'écuyer tranchant).

(**) Ce n’est qu’en 1574 que le roi Henri III, fils de Catherine de Médicis, découvre l’usage de la fourchette à Venise. Cette invention permettant de ne pas trop tacher sa "fraise", la gigantesque collerette à la mode de l’époque, le séduit. C’est à l’hostellerie de la "Tour d’argent" où quelques riches de la cour osent user de leur fourchette que les Français découvrent pour la première fois cette curieuse coutume. Les premières réactions devant "ce petit instrument fourchu" sont très négatives.

fourchette03

À la fin du XVIIe siècle, l’usage de la fourchette, enrichie de deux dents supplémentaires, se développe en Italie et en France. A la cour de Louis XIV, chacun a sa fourchette mais peu l’utilisent. Le roi, en effet, préfère l’usage de ses doigts, qu’il essuie entre chaque plat avec une serviette humide.

28 janvier 2017

Les noms autrefois

Avant le XIIe siècle, les personnes n'étaient désignées qu'avec un seul terme, qu'on appellerait aujourd'hui "prénom", et qui correspondait souvent au saint du jour de la naissance. Par la suite, au fur et à mesure de l'augmentation de la population, pour différencier les personnes on a accolé un nom au prénom. Ce nom pouvait être d'origine géographique ("de Nancy", par exemple), de résidence ("du chêne", "du moulin"), de filiation (le Martin de Jean), de parentalité ("le jeune" = fils de), de métier, ou encore un surnom, souvent une singularité liée au physique ou au caractère (sobriquets comme : le grand, le bon, ou encore le rebour qui désigne un épi de cheveu ou un caractère rebelle).

À partir de 1539, avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts du roi François 1er, la tenue des "registres de baptêmes et de sépultures" devient obligatoire.

Francois 1er Jean Clouet

Le roi François 1er par Jean Clouet

Cette ordonnance est par ailleurs célèbre car elle oblige à utiliser le français dans tous les documents relatifs à la vie publique du Royaume de France afin d’en faciliter la bonne compréhension. C’est ainsi que le français devient la langue officielle en lieu et place du latin, voire de langues régionales.

villers cotteret

Ordonnan du Roy sur le faid

de justice

 Francois, par La grâce de dieu, Roy de France

Sçavoir faisons, à tous présens et advenir, que pour aucunement pourvoir au bien de notre justice, abréviation des procès, et soulagement de nos sujets, avons, par édit perpétuel et irrévocable, statué et ordonné, statuons et ordonnons les choses qui s’ensuivent.

villers arch

CXI. Et Pource que telles choses sont souventeffois ad-venues sur l'intelligence des motz latins contenuz esdictz arrestz, nous voulons que doresenavant tous arretz ensemble toutes autres procédeures, soyent de noz cours souveraines ou autres subalternes et inférieures, soyent de registres, enquestes, contractz, commissions, sentences, testamens et autres quelzconques actes et exploictz de justice, ou qui en dépendent, soyent prononcez, enregistrez et délivrez aux parties en langage maternel françoys, et non autrement.

 

Avant cette ordonnance de 1539, l'identification des personnes était régie par la "reconnaissance" de leur visage, reconnaissance relativement facile du fait de la hausse démographique modérée.

Il n’en reste pas moins que des exemples comme l’affaire Martin Guerre, jugée en 1560 (un film a été fait racontant cette histoire vraie :

le retour de martin guerre

http://www.premiere.fr/film/Le-Retour-De-Martin-Guerre-553055# )

montre la difficulté d’identifier les personnes de façon fiable en l'absence de documents écrits.

En France comme dans la plupart des pays de l'Europe de l'Ouest, l'autorité religieuse a très tôt souhaité répertorier dans les registres paroissiaux les personnes ayant reçu le baptême ou ayant été enterrées religieusement. Ces registres sont parfois assortis d'un "registre d'état des âmes" (équivalent de l'actuel registre de population) rédigé à titre privé par des curés qui veulent faire un état moral de leur paroisse, afin de démasquer notamment des cas de bigamie, de concubinage ou d'impiété.

En avril 1667, avec l’ordonnance de Saint-Germain-en-Laye, la tenue des registres en double est rendue obligatoire, réduisant fortement la perte totale des informations pour cause de troubles, guerres, incendie ou dégradations par les rongeurs. L'un des exemplaires, appelé grosse, doit être conservé par le greffe du bailliage tandis que l'autre, la minute, retournera entre les mains du curé desservant la paroisse. C’est à ce moment-là que le papier timbré devient obligatoire pour la confection d’actes authentiques.

Ceci pour expliquer, d'une part la grande difficulté de remonter la généalogie au delà du XVIIe siècle quand aucun registre n'était tenu, et d'autre part pourquoi on peut trouver la même personne prénommée de manière différente suivant les moments de sa vie.. (par ex Martin Louis Guerre, fils de Martin Guerre: tant qu'ils étaient vivants tous les deux le 1er pouvait être nommé Louis pour ne pas le confondre avec son père et ensuite Martin quand son père est mort).

26 janvier 2017

Où sont les femmes?

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Bonjour à vous chers fidèles lecteurs et lectrices,

je fais une pause dans mes cours "magistraux", histoire de ne pas vous perdre à jamais, LOLdodo3

Je vous propose aujourd'hui de nous pencher sur le fait qu'un jour, ma soeur et moi devisions gaiement du grave sujet des choses qu'on garde (moi) et de celles qu'on jette (elle), parce qu'elle est lasse de "traîner depuis mathusalème, heu je ne sais même pas si ça s'écrit comme ça ".

Ben je t'informe, soeur, que non, ça ne s'écrit pas comme ça, et qu'en plus, ça ne se dit pas comme ça non plus. Mathusalem étant une personne, patriarche de son état, tu pouvais dire "Beau comme Mathusalem", "Vieux comme Mathusalem", "Connu comme Mathusalem", mais pas "traîner depuis mathusalème".

Ce n'est pas avec nos parents qu'on risquait d'entendre parler de Mathusalem. Ma mère, qui avait fait sa communion "sous les bombes" comme elle disait, n'était pas très pieuse, quant à mon père et sa famille de communistes, il estimait que c'était du temps perdu, conclusion on n'a pas été élevées dans la religion. Chose que je déplorais grandement, car j'étais très attirée par les bribes d'histoires que me narraient mes copines qui allaient au caté. J'ai fini par le lire, l'Ancien Testament: quand je me suis lancée dans ma généalogie! Lesdites amies m'ayant assuré qu'Ève était notre mère à tous, je me disais avec une logique à toute épreuve que j'allais pouvoir remonter jusqu'à elle! Enfin plutôt, descendre depuis elle!

Mais bref. Revenons à notre Mathusalem. Neuf cent soixante-neuf ans. Neuf cent soixante-neuf ans, qu'il a vécu, le brave homme. Il était de la lignée de Seth, vous savez, le dernier fils d'Adam, qui lui-même accusait la bagatelle de cent trente-ans quand il l'a conçu. Purée, vous imaginez les filles? Quelle santé!!!!! Alors que de nos jours, les hommes, à partir d'un certain âge... Mais je m'égare!

Vous vous voyez à une de leurs fêtes de famille? Adam était encore vivant quand Mathusalem est né, vu que lui est mort à 874 ans (encore que son âge compte pour du beurre : il est "né" adulte! Oui, d'ailleurs, quel âge avait-il à sa naissance? Vingt ans, trente? Quarante?? À quel âge peut-on estimer qu'un homme est un homme? Si on me demandait mon avis je dirais trente-cinq. Avant, il faut tout leur apprendre. Après, il faut tout leur faire!).

Et leurs femmes? Hein? Il leur fallait bien des femmes pour engendrer toute leur progéniture! On n'en parle nulle part, dans la Bible, sauf de celles qui ne pouvaient pas avoir d'enfants! Avaient-elles aussi neuf cents ans? Je ne crois pas. Rappelez-vous l'histoire de Sarah, et du chagrin qu'elle avait de se croire incapable de procréer à cause de son grand âge (qui était un pipi d'oiseau à côté de celui de Mathusalem, mais bref). Doit-on en conclure qu'en ces temps anciens les hommes (tous des vieux schnocks) ne partageaient la couche que de nymphettes?

Je suis perplexe! point d'interrogation

25 janvier 2017

La féodalité

chateau fort

Quelques mots tout d’abord pour vous parler du système "politique" qui a régi le quotidien de nos ancêtres du Xe siècle jusqu’à la Révolution Française : la féodalité.

Qu’est-ce que la féodalité ? Eh bien c’était un système qui organisait le pouvoir autour de liens de fidélité entre un seigneur et ses vassaux. Cette organisation politique et sociale, dominante en Europe de l'Ouest du Xe au XVe siècle, doit son origine à la tradition germanique qui lie le chef à ses compagnons d'armes, en contrepartie de quoi le chef protégeait ses fidèles et leur confiait des missions importantes. C’est ainsi que dès la fin de l'époque carolingienne les rois délèguent leur autorité à des vassaux, qu’on appelle les comtes (ce mot vient du latin comitis = compagnon, personne de la suite) auxquels sont attribués des domaines territoriaux.

Petit à petit le domaine royal s’étendra au fur et à mesure que les comtés et les duchés des seigneurs accepteront l’autorité sacrée du roi, mais cela a pris des siècles (jusqu’à Louis XIV).

Le pouvoir du seigneur repose sur le fait qu’il possède des terres et/ou un château. Il devient le supérieur d'un vassal lorsqu'il lui attribue un fief qui est un ensemble d'avantages concédés par le seigneur. Le plus important de ces avantages est l'attribution de terres que le vassal exploite pour son compte. Progressivement le fief est devenu inaliénable et héréditaire, c'est-à-dire qu'il se transmettait comme n'importe quel autre bien. Le fief crée des obligations et des devoirs à l'égard du seigneur qui l'a attribué.

Au Moyen Âge, ces obligations réciproques étaient traduites dans une cérémonie qui se déroulait en deux parties :

1) l'hommage : pour montrer que le vassal devient l'homme de son seigneur, il s'agenouille devant lui et met les mains dans celles de son seigneur pour lui signifier qu'il est à sa disposition. Ensuite le seigneur le relève et l'embrasse (ce baiser symbolise l'union entre deux compagnons de guerre). Puis le vassal fait serment de fidélité à son seigneur. Ainsi s'établit une relation de dépendance par laquelle le seigneur s'engage à défendre son vassal et le vassal promet aide et conseil à son seigneur. C’est en échange de cet hommage que le vassal reçoit un fief de son seigneur.

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2) l'investiture qui est la transmission d'un bien, d'un droit ou d'une charge. Après l'hommage, le seigneur remet un bâton qui symbolise le fief qu'il attribue à son vassal, une motte de terre qui fait référence au domaine territorial, et une lance qui indique le service militaire qui est dû. Après cette cérémonie le vassal est investi et peut disposer de son fief.
Une fois la cérémonie achevée, le vassal a des obligations vis-à-vis de son seigneur : il fait partie de son escorte d'honneur, il lui doit conseil et surtout il doit un service militaire qui est ordinairement de 40 jours. Il lui donne aussi de l'argent (c'est une forme d'impôt) quand le seigneur marie sa fille aînée, quand il arme chevalier son fils aîné, quand il part pour la croisade, quand il est fait prisonnier et mis à rançon.
Le vassal transmet son fief par héritage, il ne peut en être dépossédé qu'en cas de forfaiture ou de félonie, c'est-à-dire de manquement grave à ses devoirs.
Le seigneur doit traiter le vassal comme il traite son propre fils, il le défend s'il est attaqué et il veille sur l'héritier du fief si c'est un enfant ou une femme.

Lors des invasions barbares survenues entre le IXe et le XIe siècle (Vikings, Normands, Bretons, Sarrazins) la protection est assurée par ces seigneurs locaux. En effet la France au tournant de l’an mille ne ressemble pas du tout à la carte que nous avons en tête, elle n’est qu’un tout petit domaine autour de Paris, Orléans et Compiègne. Au delà, des milliers de châtellenies apparaissent, entités politiques de taille réduite et totalement autonomes, dirigées par les comtes et les riches propriétaires qui se sont constitué des armées personnelles pour protéger le peuple vivant sur leur domaine. C’est ainsi que le pouvoir est partagé entre grands seigneurs qui relaient leur autorité dans les régions et les paroisses par l’intermédiaire de leurs vassaux. Le pouvoir du roi, lui, est encore très faible à cette époque.

1180 France1180-1328

Sur cette carte on voit qu'en 1180, le domaine royal n'est qu'un tout petit territoire (colorié en orange foncé). Tout le reste du pays est partagé entre des seigneurs contre lesquels les rois de France vont faire la guerre pour agrandir leur royaume.

1000 Carte-de-France---XIe-siecle

Sur cette carte on voit mieux comme le domaine royal est petit.

Petit à petit le domaine royal s’étendra au fur et à mesure que les comtés et les duchés des seigneurs accepteront l’autorité sacrée du roi, mais cela a pris des siècles (jusqu’à Louis XIV).

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Agrandissement de la France entre 1547 et la Révolution

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